Devenir infirmier hospitalier : le Ségur a-t-il tout changé ?

Publié le 12 juillet 2026

Infirmier à l'hôpital public : ce que le Ségur a changé (et ce qu'il n'a pas changé)

La profession d'infirmier(ère) représente le premier corps paramédical de la fonction publique hospitalière (FPH) : environ 330 000 agents infirmiers exercent dans les établissements publics de santé français, selon les données de la Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS, 2023). Le Ségur de la santé, signé en juillet 2020, a accordé à ces professionnels une revalorisation salariale inédite depuis des décennies — 183 euros nets mensuels supplémentaires dans un premier temps, puis une refonte plus profonde des grilles indiciaires. Pourtant, quatre ans après, les tensions de recrutement persistent dans de nombreux services, et les questions sur les conditions réelles d'exercice restent vives.

Qu'a réellement modifié le Ségur pour un agent qui souhaite devenir infirmier hospitalier aujourd'hui ? Qu'est-ce qui demeure structurellement inchangé ? Quelles sont les étapes concrètes pour intégrer la FPH, les perspectives de carrière et les limites du cadre statutaire actuel ? Cet article répond à ces trois questions avec des données vérifiées et un regard sans complaisance.

Sommaire

  1. Qu'est-ce qu'un infirmier de la fonction publique hospitalière ?
  2. Formation et diplôme : les prérequis pour intégrer l'hôpital public
  3. Ce que le Ségur a changé : salaire, grilles et reconnaissance statutaire
  4. Ce que le Ségur n'a pas changé : conditions de travail et tensions structurelles
  5. Recrutement et modes d'entrée dans la FPH
  6. Déroulement de carrière : grades, avancements et spécialisations
  7. Droits, obligations et spécificités du statut hospitalier
  8. Questions fréquentes sur la profession d'infirmier hospitalier
  9. Rejoindre la FPH en 2024 : une décision éclairée

Qu'est-ce qu'un infirmier de la fonction publique hospitalière ?

Définition synthétique — L'infirmier de la fonction publique hospitalière est un agent titulaire ou contractuel relevant du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés, régi par le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 modifié. Il exerce dans un établissement public de santé (hôpital, centre hospitalier universitaire), un établissement public médico-social ou un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) public.

La FPH constitue l'un des trois versants de la fonction publique française, aux côtés de la fonction publique de l'État (FPE) et de la fonction publique territoriale. Le métier d'infirmier y représente une réalité très différente d'un exercice libéral ou d'un poste en clinique privée : rémunération indexée sur une grille indiciaire, statut protecteur mais encadré, mobilité réglementée, et organisation du travail soumise aux contraintes de continuité des soins 24h/24.

Contrairement à d'autres professions de la FPH comme devenir aide-soignant à l'hôpital, l'accès au corps infirmier requiert un diplôme de niveau licence (grade) depuis la réforme LMD de 2009, ce qui place la profession dans une position charnière entre la filière soin de base et les professions de santé à niveau master.

Formation et diplôme : les prérequis pour intégrer l'hôpital public

Le Diplôme d'État d'Infirmier (DEI) est la condition sine qua non pour exercer dans un établissement public de santé. Cette formation dure trois ans (six semestres) dans un Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), pour un total de 4 200 heures alternant enseignements théoriques et stages cliniques. Depuis 2012, le DEI est reconnu au grade de licence dans le cadre du processus de Bologne.

L'entrée en IFSI se fait sur sélection via Parcoursup pour les candidats post-bac, avec des quotas d'admission fixés chaque année par les Agences Régionales de Santé (ARS). En 2023, environ 35 000 étudiants ont été admis en première année d'IFSI sur le territoire national, selon la DGOS. Une voie de promotion professionnelle existe également pour les aides-soignants et agents hospitaliers, via le dispositif de Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) ou les passerelles de formation continue.

Le programme pédagogique couvre dix unités d'enseignement thématiques (sciences biologiques, soins infirmiers, éthique, santé publique, etc.) et six compétences socles définies par l'arrêté du 31 juillet 2009. La formation est gratuite dans les IFSI rattachés aux hôpitaux publics, mais des frais d'inscription administratifs peuvent s'appliquer selon les établissements.

Des spécialisations post-DEI permettent ensuite d'accéder à des fonctions avancées : infirmier anesthésiste ou de bloc opératoire via la formation IADE/IBODE, puéricultrice, infirmier de pratique avancée (IPA) — ce dernier statut créé par la loi du 26 janvier 2016 ouvrant la voie à un master spécialisé et à des actes élargis.

Ce que le Ségur a changé : salaire, grilles et reconnaissance statutaire

Le Ségur de la santé (accord du 13 juillet 2020, traduit réglementairement par plusieurs décrets entre 2020 et 2022) constitue la réforme salariale la plus significative pour les personnels hospitaliers depuis les années 1980. Pour les infirmiers, les effets sont concrets et mesurables.

La revalorisation en deux temps. Dans un premier temps, une indemnité mensuelle de 183 euros nets a été versée à l'ensemble des personnels non-médicaux de la FPH à partir de septembre 2020. Dans un second temps, une refonte des grilles indiciaires a substitué partiellement cette indemnité à une intégration dans la rémunération de base — ce qui a des effets sur les cotisations retraite, à la différence d'une prime.

Nouveaux niveaux de rémunération. En début de carrière (premier échelon, classe normale), un infirmier hospitalier perçoit en 2024 une rémunération brute mensuelle de l'ordre de 2 100 à 2 200 euros, hors primes et indemnités. En fin de carrière (infirmier de classe supérieure, dernier échelon), ce montant peut atteindre 3 000 à 3 200 euros bruts. Ces chiffres sont à compléter par les indemnités spécifiques : indemnité de nuit, de dimanche, de sujétion spéciale, et le cas échéant le Complément de Traitement Indiciaire (CTI) issu du Ségur.

La restructuration des grades. Le Ségur a également accéléré la mise en œuvre de la réforme dite « infirmier en soins généraux de classe normale et de classe supérieure », permettant une progression de carrière mieux balisée. La création du grade d'infirmier expert, prévue dans les textes de 2022, vise à reconnaître une expertise clinique sans nécessairement passer par la voie managériale du cadre de santé.

Ce que cela change concrètement. Pour un candidat qui envisage de devenir infirmier hospitalier en 2024, l'écart salarial avec le secteur privé lucratif s'est réduit en début de carrière. Il ne s'est pas inversé. Les cliniques privées et les structures libérales offrent des niveaux de rémunération variables mais souvent comparables, parfois supérieurs grâce à l'intéressement ou aux actes cotés. L'attractivité du public repose donc davantage sur la sécurité de l'emploi, les droits à congés, la retraite de fonctionnaire et les possibilités de formation continue.

Ce que le Ségur n'a pas changé : conditions de travail et tensions structurelles

Nommer honnêtement les limites du Ségur est nécessaire pour tout candidat qui souhaite faire un choix éclairé. La revalorisation salariale n'a pas résolu les tensions de fond qui structurent la pénurie de personnel infirmier dans les établissements publics.

Les ratios de patients par infirmier n'ont pas fait l'objet d'un encadrement réglementaire au niveau national. La France ne dispose pas, contrairement à certains pays européens (Australie, Californie pour référence internationale), d'un ratio légal infirmier/patient. Les effectifs sont définis par les établissements dans leurs tableaux de service, avec des écarts significatifs selon les services et les territoires.

La question des plannings et du temps de travail reste régie par le protocole du 27 septembre 2001 (accord sur la réduction du temps de travail dans la FPH) et ses décrets d'application. Les infirmiers hospitaliers travaillent sur des cycles incluant des nuits, des week-ends et des jours fériés. La durée hebdomadaire de travail est de 35 heures en moyenne, avec des organisations en 7h30, en 10h ou en 12h selon les services — ce dernier format (les « 12 heures ») est particulièrement répandu depuis la crise sanitaire de 2020, mais fait l'objet de débats sur ses effets sur la santé des agents.

L'absentéisme et les départs précoces constituent un indicateur que les directions hospitalières surveillent étroitement. Selon la DREES (rapport 2022), le taux de vacance de postes infirmiers dans les hôpitaux publics a atteint des niveaux records dans certaines régions, notamment en psychiatrie, en gériatrie et dans les services de soins de longue durée — des spécialités moins visibles que les urgences, mais tout aussi sous tension.

La mobilité géographique reste plus contrainte qu'en secteur libéral. Un infirmier titulaire de la FPH appartient à la fonction publique de l'établissement qui l'emploie, non à un corps national (à la différence des infirmiers de l'Éducation nationale relevant de la FPE). Une mobilité entre deux hôpitaux publics implique une mutation, une mise à disposition ou une détachement — des procédures réglementées qui peuvent être longues. À noter : il existe des équivalences avec d'autres fonctions publiques, notamment avec certains postes de référents santé en collectivité territoriale, mais les passerelles statutaires directes sont limitées.

Recrutement et modes d'entrée dans la FPH

L'accès à un poste d'infirmier dans un établissement public de santé emprunte plusieurs voies, que la réglementation distingue clairement.

Le concours sur titres. C'est la voie principale pour devenir fonctionnaire titulaire. Contrairement à un concours de culture générale, le concours infirmier de la FPH est un concours sur titres et travaux : le candidat présente son DEI et son dossier, puis est auditionné par un jury. Chaque établissement organise son propre concours, ce qui implique de surveiller les avis de concours publiés sur les sites hospitaliers et au Journal Officiel. Pour suivre les concours de la fonction publique en 2026, la vigilance sur les calendriers publiés par les ARS et les centres hospitaliers est indispensable.

Le recrutement direct de contractuels. Face aux tensions de recrutement, la quasi-totalité des hôpitaux publics recrutent des infirmiers contractuels (CDD renouvelables) sur la base de l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986. Ce mode d'entrée est souvent plus rapide que le concours, et peut déboucher sur une titularisation après concours interne. Le contractuel perçoit une rémunération identique à celle d'un titulaire de même grade et échelon.

L'intérim médical et paramédical. La loi du 26 avril 2021 a encadré — et plafonné — le recours aux infirmiers intérimaires dans les établissements publics. Un plafond de rémunération pour les missions d'intérim dans les hôpitaux publics a été instauré, mettant fin aux pratiques de surfacturation qui existaient dans certains bassins en tension. Ce durcissement a eu pour effet de rendre le recrutement direct plus attractif pour les infirmiers qui privilégiaient auparavant l'intérim pour des raisons financières.

La promotion interne. Des aides-soignants ou agents des services hospitaliers peuvent accéder au corps infirmier via des concours internes ou via la VAE, sous réserve d'obtenir le DEI. Cette voie, bien que plus longue, est valorisée par de nombreux établissements dans leur politique de gestion prévisionnelle des emplois.

Déroulement de carrière : grades, avancements et spécialisations

La carrière d'un infirmier hospitalier titulaire s'organise autour de deux grades principaux : la classe normale (11 échelons) et la classe supérieure (7 échelons). L'avancement d'échelon est automatique à l'ancienneté, avec des durées minimales et maximales fixées par décret. L'avancement de grade (de la classe normale à la classe supérieure) se fait sur examen professionnel ou au choix, selon un ratio d'avancement fixé chaque année par l'établissement.

Au-delà de la progression dans le corps infirmier, plusieurs bifurcations sont possibles :

  • Les spécialisations cliniques : infirmier de pratique avancée (IPA, master niveau 2), infirmier anesthésiste diplômé d'État (IADE), infirmier de bloc opératoire diplômé d'État (IBODE). Ces spécialisations ouvrent des corps distincts avec des grilles de rémunération spécifiques supérieures.
  • La voie managériale : le concours de cadre de santé permet d'accéder à un poste d'encadrement d'équipe ou de service. La formation dure un an en Institut de Formation des Cadres de Santé (IFCS) après réussite au concours.
  • Les métiers connexes : certains infirmiers se réorientent vers des professions paramédicales complémentaires comme orthophoniste ou sage-femme, qui relèvent de corps distincts de la FPH avec leurs propres conditions d'accès et grilles.

La durée totale d'une carrière complète dans la classe normale et supérieure peut couvrir 30 à 35 ans avant l'âge légal de départ à la retraite. Les infirmiers de la FPH relevaient historiquement de la catégorie active (départ anticipé possible à 57 ans), un avantage maintenu dans le cadre de la réforme des retraites de 2023 pour les agents ayant accompli une durée suffisante de service actif.

Droits, obligations et spécificités du statut hospitalier

L'infirmier titulaire de la FPH bénéficie des garanties statutaires communes à l'ensemble de la fonction publique : inamovibilité de l'emploi (sauf faute disciplinaire grave), droit à la formation continue, protection fonctionnelle, congés maladie avec maintien de traitement, et affiliation à un régime de retraite spécifique (CNRACL — Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales, compétente aussi pour la FPH).

En contrepartie, l'infirmier hospitalier est soumis à des obligations particulières :

  • Obligation de continuité du service : le droit de grève est reconnu mais s'exerce dans le cadre d'un service minimum garanti, avec des réquisitions possibles en cas de nécessité absolue de service.
  • Obligation de secret professionnel : renforcée par le Code de la santé publique (article L. 1110-4), elle s'applique à l'ensemble des informations relatives aux patients.
  • Devoir de réserve et neutralité : comme tout agent public, l'infirmier est tenu à une obligation de réserve dans l'expression publique de ses opinions.
  • Responsabilité professionnelle : l'infirmier hospitalier engage sa responsabilité personnelle sur les actes accomplis dans le cadre de son exercice, conformément au Code de la santé publique et aux décrets d'actes infirmiers (décret n° 2004-802 du 29 juillet 2004).

L'inscription au tableau de l'Ordre National des Infirmiers (ONI), obligatoire depuis la loi du 21 décembre 2006, est requise pour exercer — y compris dans la FPH. Cette inscription annuelle génère une cotisation prise en charge partiellement par certains établissements.

Questions fréquentes sur la profession d'infirmier hospitalier

Combien gagne un infirmier hospitalier débutant en 2024 ?

En 2024, un infirmier titulaire au premier échelon de la classe normale perçoit une rémunération brute mensuelle d'environ 2 100 à 2 200 euros, à laquelle s'ajoutent les indemnités liées aux sujétions (nuits, dimanches, jours fériés) et le Complément de Traitement Indiciaire (CTI) issu du Ségur. Le net à payer se situe généralement entre 1 700 et 1 900 euros en début de carrière, variable selon les services et les heures supplémentaires.

Peut-on exercer comme infirmier libéral après avoir travaillé en hôpital public ?

Oui. Un infirmier titulaire de la FPH peut demander une disponibilité ou une mise en disponibilité pour convenances personnelles afin d'exercer en libéral. Il peut également cumuler un temps partiel hospitalier avec une activité libérale sous conditions réglementaires. Le retour dans la FPH est possible dans les délais prévus par le statut.

Le DEI obtenu à l'étranger est-il reconnu pour exercer en France ?

La reconnaissance des diplômes infirmiers étrangers est régie par la directive européenne 2005/36/CE pour les ressortissants de l'Union Européenne (reconnaissance automatique si le diplôme est listé), et par une procédure de validation auprès du Centre National de Gestion (CNG) pour les diplômes hors UE. Des mesures compensatoires (stage ou épreuve d'aptitude) peuvent être imposées selon les cas.

Quelle est la différence entre infirmier de soins généraux et infirmier spécialisé ?

L'infirmier de soins généraux (DEI) constitue le corps de base. L'infirmier spécialisé (IADE, IBODE, puéricultrice, IPA) a suivi une formation complémentaire post-DEI et relève d'un corps ou d'un statut distinct avec une grille de rémunération supérieure et des actes réglementaires étendus.

Rejoindre la FPH en 2024 : une décision éclairée

Devenir infirmier hospitalier en 2024 signifie intégrer une profession revalorisée sur le plan salarial — le Ségur a apporté des avancées réelles et documentées — mais qui reste exposée à des tensions structurelles sur les conditions de travail que les textes réglementaires n'ont pas encore résolues. La sécurité de l'emploi, les droits statutaires, les perspectives de spécialisation et la dimension de service public constituent des motifs d'engagement solides. Ils méritent d'être pesés lucidement face aux contraintes de planning, de mobilité et d'intensité de travail propres à la FPH.

Pour les candidats qui souhaitent explorer les postes ouverts dans les établissements publics de santé partout en France, la plateforme emploi fonction publique recense les offres de la FPH en temps réel, avec des filtres par spécialité, territoire et type de contrat.

Références : Décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers de la FPH (Legifrance) · Accord du Ségur de la santé du 13 juillet 2020 et décrets d'application 2020-1408 et suivants · DGOS, Rapport annuel sur les ressources humaines hospitalières 2023 · DREES, Panorama des établissements de santé 2022 · Arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État d'infirmier (Legifrance) · Loi n° 2021-502 du 26 avril 2021 visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification.

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