Congés annuels fonction publique : 25 jours ou plus ?

Publié le 6 mai 2026

Les agents publics bénéficient légalement de 25 jours ouvrés de congés annuels, soit le même plancher que les salariés du secteur privé — mais ce socle commun masque une réalité sensiblement plus favorable dans de nombreuses situations. Entre jours de fractionnement, réduction du temps de travail (RTT), congés bonifiés et régimes dérogatoires propres à chaque versant, le capital de repos effectif d'un fonctionnaire peut dépasser 40, voire 48 jours par an (DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, 2023).

Ce droit à congé est-il uniforme dans les trois versants de la fonction publique ? Comment se calcule-t-il concrètement selon la quotité de travail ou l'organisation du service ? Et quels jours supplémentaires peut-on légitimement revendiquer ? Cet article répond à ces questions avec précision, sans approximation, en distinguant ce qui relève du statut de ce qui dépend des usages locaux.

Sommaire

  1. Le socle légal : 25 jours ouvrés, une base commune aux trois versants
  2. Calcul des congés annuels : temps plein, temps partiel et entrée en cours d'année
  3. Jours supplémentaires : fractionnement, hors-saison et jours de fractionnement
  4. RTT et ARTT : un complément distinct du congé annuel
  5. Spécificités par versant : FPT, FPH et FPE
  6. Congés bonifiés pour les agents ultramarins
  7. Report, accumulation et compte épargne-temps
  8. Questions fréquentes sur les congés annuels dans la fonction publique
  9. Ce que les 25 jours légaux ne disent pas

Définition synthétique — Tout agent public titulaire ou contractuel a droit à 5 fois sa durée hebdomadaire de travail exprimée en jours ouvrés, soit 25 jours ouvrés pour un agent à temps plein sur 5 jours, conformément au décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 pour la Fonction publique de l'État (FPE), au décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 pour la Fonction publique territoriale (FPT) et aux textes spécifiques applicables à la Fonction publique hospitalière (FPH).

Le décompte s'effectue en jours ouvrés (du lundi au vendredi, hors jours fériés), et non en jours ouvrables (du lundi au samedi). Cette distinction est essentielle : 25 jours ouvrés équivalent à 30 jours ouvrables, ce qui place le plancher statutaire légèrement au-dessus des 25 jours ouvrables du code du travail. Concrètement, un agent travaillant du lundi au vendredi consomme 5 jours de congé pour une semaine entière d'absence, quel que soit le nombre de jours fériés tombant sur cette période.

L'année de référence retenue est l'année civile (du 1er janvier au 31 décembre) pour la FPE et la FPT, sauf dispositions locales contraires. En FPH, le cycle peut différer selon les établissements. Les droits à congé s'ouvrent dès la nomination, sans condition d'ancienneté minimale, ce qui distingue le statut public du régime général de la sécurité sociale où la période de référence peut créer un décalage.

Calcul des congés annuels : temps plein, temps partiel et entrée en cours d'année

Pour un agent à temps plein sur toute l'année civile, le calcul est simple : 25 jours ouvrés. Les complications apparaissent dès que la situation dévie de cette norme.

Entrée ou sortie en cours d'année. Les droits sont calculés au prorata de la durée de présence effective. La formule retenue est : (nombre de mois travaillés × 25) ÷ 12, arrondi à l'entier supérieur. Un agent nommé le 1er avril et présent jusqu'au 31 décembre dispose donc de 9 × 25 ÷ 12 = 18,75, arrondi à 19 jours. Les absences assimilées à du temps de travail effectif (congé de maternité, accident de service, formation obligatoire) n'amputent pas ce prorata.

Temps partiel. Un agent à temps partiel dans la fonction publique conserve le même droit à 25 jours ouvrés, mais la durée hebdomadaire réduite modifie le calendrier de prise : une semaine complète d'absence ne coûte que 4 jours si l'agent travaille sur 4 jours, ou 3 jours s'il est à 60 %. Le volume total de 25 jours reste identique ; c'est son poids réel en semaines qui augmente proportionnellement.

Agents travaillant sur 6 jours. Si le service impose une organisation sur 6 jours ouvrables, le droit à congé passe à 30 jours ouvrés (5 semaines × 6 jours), conformément à la règle des 5 fois la durée hebdomadaire. Ce cas concerne notamment certains personnels hospitaliers ou des agents de surveillance.

Jours supplémentaires : fractionnement, hors-saison et bonification

Au-delà des 25 jours de base, plusieurs mécanismes permettent d'augmenter le capital de congé annuel sans que l'agent ait à les négocier individuellement : ils résultent directement des règles statutaires.

Jours de fractionnement. Lorsqu'un agent prend au moins 5 jours de congé en dehors de la période dite principale (généralement le 1er mai – 31 octobre), il bénéficie d'un jour supplémentaire. Si cette prise hors période atteint ou dépasse 8 jours, il acquiert 2 jours supplémentaires. Ces jours de fractionnement s'appliquent dans les trois versants, bien que leur mise en œuvre concrète dépende du règlement intérieur de chaque entité.

Hors-saison ou bonification spécifique FPE. Pour certains corps de la FPE, des textes particuliers prévoient des jours de bonification liés à des sujétions spéciales ou à des obligations de continuité de service. Ces dispositions sont mentionnées dans les statuts particuliers et ne sont pas transposables à l'ensemble de la fonction publique.

Les autorisations d'absence accordées aux fonctionnaires (événements familiaux, obligations civiques, représentation syndicale) s'ajoutent aux congés annuels sans s'y imputer, à condition de respecter les conditions de fond et de forme prévues par les textes.

RTT et ARTT : un complément distinct du congé annuel

La réduction du temps de travail (RTT) — souvent désignée par l'acronyme Aménagement et Réduction du Temps de Travail (ARTT) dans la fonction publique — n'est pas un congé annuel au sens légal. Elle résulte d'un dépassement de la durée légale de 1 607 heures annuelles compensé par des jours de repos supplémentaires.

Concrètement : un agent travaillant 38h30 par semaine sur 5 jours génère environ 15 jours de RTT par an, portant son capital total de repos à 40 jours. Un agent à 39 heures hebdomadaires peut atteindre 23 jours de RTT, soit près de 48 jours cumulés avec les congés annuels. Ces chiffres varient selon les protocoles locaux et les accords de service.

La FPH dispose de règles spécifiques : les personnels soignants soumis à des cycles de travail atypiques (12 heures, nuits, week-ends) bénéficient de mécanismes de compensation intégrés à leurs plannings. Les astreintes dans la fonction publique et les heures supplémentaires du fonctionnaire peuvent également générer des récupérations distinctes, selon qu'elles sont compensées en temps ou en indemnités.

Il convient de ne pas confondre RTT et congés annuels lors d'une demande d'absence : les deux compteurs sont distincts, et un employeur ne peut pas imputer des RTT sur le quota de congés annuels, ni l'inverse, sans accord explicite de l'agent.

Spécificités par versant : FPT, FPH et FPE

Si le socle de 25 jours est commun, les modalités pratiques divergent sensiblement selon le versant.

Fonction publique territoriale (FPT). L'organe délibérant (conseil municipal, communautaire, régional, etc.) fixe le régime de travail par délibération, dans le respect du cadre national. Cette autonomie produit des variations notables : certaines collectivités maintiennent des régimes préexistants à la loi du 26 janvier 1984, accordant jusqu'à 27 ou 28 jours de congé annuel par usage consolidé. Les agents des collectivités territoriales qui cherchent un emploi territorial doivent donc vérifier le règlement intérieur de la structure cible, car les avantages acquis avant 2001 ont pu être maintenus par délibération expresse. La grille indiciaire de la fonction publique en 2026 éclaire par ailleurs l'ensemble de la rémunération statutaire dans laquelle s'inscrit ce droit à congé.

Fonction publique hospitalière (FPH). Les agents hospitaliers relèvent du décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 sur l'organisation du travail à l'hôpital. Le régime de 25 jours s'applique, mais les cycles de travail en 12 heures, en nuit ou en week-end génèrent des compensations spécifiques (repos compensateurs, jours de repos supplémentaires dans certains tableaux de service). Le décompte effectif des congés peut s'avérer moins lisible qu'en FPT ou FPE, car il s'intègre dans un planning global validé par le cadre de santé.

Fonction publique de l'État (FPE). Le décret de 1984 fixe le cadre général, mais de nombreux corps disposent de statuts particuliers prévoyant des aménagements. Les enseignants, par exemple, bénéficient de vacances scolaires qui constituent leurs congés, sans que ceux-ci soient décomptés en jours ouvrés de la même façon que pour un agent administratif. Les magistrats, les militaires, les agents des douanes ou des impôts relèvent de textes spécifiques qui peuvent déroger au régime commun.

Congés bonifiés pour les agents ultramarins

Les agents originaires des départements et régions d'outre-mer (DROM) affectés en métropole — ou inversement — peuvent bénéficier de congés bonifiés dans les DOM, qui permettent de rejoindre leur territoire d'origine tous les trois ans avec une bonification de durée et une prise en charge partielle du voyage.

Concrètement, le congé bonifié s'ajoute aux 25 jours annuels et peut représenter jusqu'à 65 jours de congé cumulés sur l'année de prise, toutes catégories confondues. Ce mécanisme concerne les trois versants de la fonction publique et obéit à des conditions strictes : résidence habituelle dans le DROM concerné avant la première affectation, ancienneté minimale, et dépôt de la demande dans les délais fixés par l'administration d'accueil.

Report, accumulation et compte épargne-temps

Le principe général est que les congés annuels non pris au 31 décembre sont perdus. Deux exceptions tempèrent cette règle.

Report exceptionnel. Lorsque l'absence de l'agent résulte d'une cause indépendante de sa volonté — congé de maladie prolongé, congé de maternité, accident de service — les congés non pris peuvent être reportés à l'année suivante, dans la limite fixée par l'administration. Ce report n'est pas automatique et doit faire l'objet d'une demande formelle.

Compte épargne-temps (CET). Le CET permet à l'agent d'accumuler des jours non pris au-delà d'un seuil (en général 20 jours dans l'année), dans la limite de 60 jours au total. Ces jours peuvent être utilisés ultérieurement, monétisés (sous conditions) ou convertis en points retraite. Le CET est ouvert sur demande de l'agent après un an de service. Il constitue un outil de gestion de la fin de carrière, articulé avec les droits à la retraite du fonctionnaire en 2026.

Les règles de monétisation du CET varient selon les versants et ont évolué à plusieurs reprises depuis 2008. En FPT, la délibération de l'assemblée délibérante conditionne l'ouverture de cette possibilité. En FPH, des arrêtés spécifiques encadrent la conversion. En FPE, le décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 modifié reste le texte de référence.

Questions fréquentes sur les congés annuels dans la fonction publique

Les fonctionnaires ont-ils plus de congés que les salariés du privé ?

Le plancher légal est identique : 25 jours ouvrés. En revanche, les fonctionnaires bénéficient plus fréquemment de RTT (liées aux organisations du travail dépassant 35 heures), de jours de fractionnement et, dans certains corps, de bonifications statutaires. Le volume total de repos effectif est généralement supérieur dans le secteur public, sans que cela résulte d'un privilège de principe, mais de la structure des organisations du temps de travail.

Un agent contractuel a-t-il les mêmes droits à congé qu'un titulaire ?

Oui, pour les congés annuels de base : le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 (FPE) et les textes équivalents pour la FPT et la FPH accordent aux contractuels le même droit à 25 jours ouvrés. Certains avantages complémentaires (CET, jours de bonification) peuvent toutefois être soumis à des conditions d'ancienneté ou à des délibérations locales qui ne bénéficient qu'aux titulaires.

Les jours fériés tombant pendant les congés annuels sont-ils récupérables ?

Non. Contrairement à une idée répandue, un jour férié tombant pendant une période de congé annuel ne prolonge pas ce congé d'autant. Il est simplement compté comme non travaillé sans être décompté du quota de congés annuels. Ce principe vaut dans les trois versants.

Un chef de service peut-il refuser une demande de congé ?

Oui. L'autorité territoriale ou hiérarchique fixe le calendrier des congés en tenant compte des nécessités de service. Elle peut imposer une période de prise obligatoire ou refuser une date. En contrepartie, elle est tenue de permettre à l'agent de solder l'intégralité de ses 25 jours dans l'année. Un refus persistant qui priverait l'agent de tout congé serait constitutif d'une faute de service.

Les congés annuels sont-ils cumulables avec un arrêt maladie ?

La jurisprudence européenne (CJUE, arrêt KHS, 2011 ; arrêt Schultz-Hoff, 2009), reprise par le Conseil d'État, impose aux employeurs publics de reporter les congés annuels non pris du fait d'une maladie. Un agent en arrêt maladie ne perd donc pas ses droits à congé, à condition de formuler une demande de report dans les délais fixés par sa structure.

Les concours modifient-ils les droits à congé ?

Non directement. En revanche, pour les agents qui préparent les concours de la fonction publique en 2026, des autorisations d'absence spécifiques pour préparation aux examens peuvent être accordées, distinctes des congés annuels et soumises à l'appréciation du chef de service.

Ce que les 25 jours légaux ne disent pas

Le droit à 25 jours ouvrés de congé annuel constitue le point de départ — pas le point d'arrivée — du capital de repos d'un agent public. Selon le versant, le corps, l'organisation du temps de travail et la situation personnelle, ce volume peut doubler ou presque. La réalité des congés dans la fonction publique ne se lit pas dans un seul texte : elle résulte de la superposition du statut général, des décrets d'application, des statuts particuliers, des délibérations locales et des protocoles d'accord de service.

Pour quiconque envisage de rejoindre le secteur public ou de changer de structure, comprendre ces mécanismes avant de signer est aussi utile que de connaître sa grille de rémunération. Explorez les offres disponibles sur emploi public et consultez les conditions de service proposées par chaque employeur.

Références : DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique 2023 · Décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'État (Légifrance) · Décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des agents de la fonction publique territoriale (Légifrance) · Décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 (Légifrance) · CJUE, arrêt Schultz-Hoff, C-350/06, 20 janvier 2009 · Décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'État (Légifrance).

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