CSE hospitalier : rôle, composition et droits (2025)

Publié le 13 juin 2026

CSE hospitalier : rôle, composition et droits dans les établissements de santé

Depuis le 1er janvier 2023, le Comité Social d'Établissement (CSE) a remplacé le Comité Technique d'Établissement (CTE) et le Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) dans les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et l'ensemble des structures relevant de la Fonction Publique Hospitalière (FPH), qui emploie environ 1,2 million d'agents (DGAFP, 2024). Cette fusion, issue de la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019, modifie en profondeur le paysage du dialogue social hospitalier et redistribue les rôles entre les différentes instances.

Qui siège au CSE hospitalier ? Quels sujets peut-il bloquer ou simplement conseiller ? Et quels droits concrets le CSE ouvre-t-il aux agents des établissements de santé ? Cet article répond à ces questions avec précision, en distinguant ce qui relève du fonctionnement institutionnel de ce qui concerne directement les droits individuels des personnels hospitaliers.

Sommaire

  1. Qu'est-ce que le CSE hospitalier ? Définition et base légale
  2. Composition du CSE : qui siège et comment sont désignés les représentants ?
  3. Attributions du CSE : ce qu'il examine, ce qu'il décide
  4. La formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail (FSSCT)
  5. Ce que le CSE change concrètement pour les agents hospitaliers
  6. Élections professionnelles : comment se passe le scrutin dans la FPH ?
  7. CSE hospitalier et CSA de l'administration centrale : quelle différence ?
  8. Questions fréquentes sur le CSE hospitalier
  9. Ce que les agents de la FPH doivent retenir du CSE

Qu'est-ce que le CSE hospitalier ? Définition et base légale

Définition synthétique — Le Comité Social d'Établissement (CSE) est l'instance principale de dialogue social dans les établissements publics de santé, sociaux et médico-sociaux relevant de la Fonction Publique Hospitalière. Il est créé par la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique et mis en place par l'ordonnance n° 2021-174 du 17 février 2021, dont les dispositions sont codifiées aux articles L. 6144-1 et suivants du Code de la santé publique ainsi qu'aux articles L. 315-13 et suivants du Code de l'action sociale et des familles.

Avant 2023, les établissements hospitaliers disposaient de deux instances séparées : le Comité Technique d'Établissement (CTE), compétent pour les questions d'organisation et de gestion des ressources humaines, et le CHSCT, chargé des questions de santé, sécurité et conditions de travail. La réforme de 2019 a fusionné ces deux instances en un seul CSE, à l'image de ce qui a été mis en place dans les autres versants de la fonction publique — avec le Comité Social Territorial (CST) dans la Fonction Publique Territoriale (FPT) et le Comité Social d'Administration (CSA) dans la Fonction Publique d'État (FPE).

Cette fusion répond à une logique de simplification du dialogue social, mais elle soulève des questions pratiques : comment un organe unique peut-il traiter à la fois des sujets aussi différents que les tableaux de service et les risques d'exposition aux agents biologiques ? La réponse réglementaire passe par la création d'une formation spécialisée, distincte du CSE plénier, dédiée aux questions de santé et sécurité.

Le CSE est obligatoire dans tout établissement public de santé, dans les établissements sociaux et médico-sociaux publics dotés d'un Conseil d'Administration autonome, ainsi que dans certains groupements de coopération sanitaire de droit public. Les établissements de moins de cinquante agents sont regroupés dans des CSE communs placés auprès des centres hospitaliers départementaux ou régionaux.

Composition du CSE : qui siège et comment sont désignés les représentants ?

Le CSE hospitalier est présidé par le directeur de l'établissement ou son représentant. Cette présidence revient donc à l'employeur public, ce qui constitue une différence structurelle notable avec le CSE du secteur privé, où la présidence revient également à l'employeur mais dans un cadre de négociation collective plus développé.

Siègent également :

  • Les représentants du personnel, élus par l'ensemble des agents (titulaires et contractuels) de l'établissement lors des élections professionnelles.
  • Le président du directoire médical ou le président de la Commission Médicale d'Établissement (CME), pour les questions touchant à l'organisation médicale, dans une composition élargie.
  • Le directeur des soins, selon les sujets à l'ordre du jour.

Le nombre de représentants du personnel élus varie selon l'effectif de l'établissement. Le décret n° 2021-1570 du 3 décembre 2021 fixe les seuils :

  • Moins de 50 agents : représentation assurée par une instance commune à plusieurs établissements.
  • De 50 à 199 agents : 4 représentants titulaires.
  • De 200 à 499 agents : 6 représentants titulaires.
  • De 500 à 999 agents : 8 représentants titulaires.
  • De 1 000 à 1 999 agents : 10 représentants titulaires.
  • 2 000 agents et plus : 15 représentants titulaires.

À chaque titulaire correspond un suppléant élu. Les représentants sont élus pour quatre ans. Ils sont issus des listes présentées par les syndicats de la fonction publique représentatifs au niveau de l'établissement ou, à défaut, au niveau national dans la branche hospitalière.

Les agents contractuels en contrat à durée indéterminée (CDI) ou à durée déterminée (CDD) d'au moins six mois sont électeurs et éligibles, à condition de justifier d'une ancienneté minimale. Cette ouverture du corps électoral aux agents non titulaires est un point d'attention : un contractuel de la fonction publique dispose donc d'un droit de participation au dialogue social interne dès lors qu'il remplit les conditions d'ancienneté.

Attributions du CSE : ce qu'il examine, ce qu'il décide

Le CSE hospitalier dispose de deux types d'attributions : consultatives (il émet un avis) et délibératives (il vote, et sa décision s'impose ou conditionne celle du directeur dans certains cas). La distinction est fondamentale pour comprendre le poids réel de l'instance.

Attributions consultatives — avis obligatoire du CSE :

  • Projet d'établissement et projet social.
  • Règlement intérieur de l'établissement.
  • Conditions et organisation du travail dans l'établissement, dont les horaires et les modalités de service.
  • Politique générale de formation professionnelle.
  • Plan de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC).
  • Critères de répartition de la participation et de l'intéressement, le cas échéant.
  • Bilan social annuel de l'établissement.
  • Toute question relative à l'organisation et au fonctionnement des services.

L'avis du CSE est requis avant toute décision du directeur sur ces sujets. Toutefois, un avis défavorable n'est pas bloquant dans la plupart des cas : le directeur peut passer outre, mais il doit motiver sa décision par écrit, ce qui crée une traçabilité et une responsabilité managériale accrue.

Attributions délibératives — domaines où le CSE vote :

  • Règlement intérieur du CSE lui-même.
  • Désignation des membres de la formation spécialisée (FSSCT).
  • Adoption de son programme de travail annuel.

Le CSE est également informé, sans vote ni avis formel, sur un ensemble de points : situation budgétaire et financière, bilan des recrutements, politique d'accueil des stagiaires, situation des agents en situation de handicap, et bilan de l'égalité professionnelle entre femmes et hommes.

La formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail (FSSCT)

La suppression du CHSCT en tant qu'instance autonome ne signifie pas la fin du traitement des questions de santé au travail dans les hôpitaux. La loi impose la création d'une Formation Spécialisée en Santé, Sécurité et Conditions de Travail (FSSCT) au sein du CSE pour tous les établissements de 200 agents et plus. En dessous de ce seuil, le CSE plénier exerce directement ces attributions.

La FSSCT hospitalière dispose de compétences propres :

  • Analyse des risques professionnels auxquels sont exposés les agents, y compris les risques biologiques, chimiques et psychosociaux (RPS), particulièrement présents dans le secteur hospitalier.
  • Enquête en cas d'accident du travail grave ou de maladie professionnelle.
  • Inspection des conditions de travail dans les services.
  • Propositions de mesures de prévention.
  • Suivi de la mise en œuvre du Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).

La FSSCT est composée de membres du CSE désignés parmi les représentants du personnel, auxquels s'ajoutent le médecin du travail ou le médecin de prévention, l'inspecteur du travail (ou son représentant dans la FPH), l'agent chargé des fonctions d'inspection, et le conseiller ou assistant de prévention de l'établissement. Ces membres participent aux réunions avec voix consultative, sauf les représentants du personnel qui votent.

Dans les grands centres hospitaliers universitaires (CHU) ou les établissements à sites multiples, il est possible de créer plusieurs FSSCT locales, chacune couvrant un site ou un ensemble de services homogènes. Cette architecture décentralisée vise à maintenir une proximité avec les réalités de terrain.

Ce que le CSE change concrètement pour les agents hospitaliers

Pour un agent de la FPH, le CSE n'est pas une abstraction institutionnelle. Son fonctionnement a des répercussions directes sur plusieurs aspects de la vie professionnelle quotidienne.

Accès à l'information : le CSE examine le bilan social de l'établissement, qui contient les données sur les effectifs, les rémunérations, les absences, les accidents du travail et les formations. Ces données, rendues publiques lors des séances, permettent aux agents d'obtenir une vision agrégée de leur établissement qu'ils ne pourraient obtenir individuellement.

Conditions de travail : toute modification substantielle des horaires, des cycles de travail ou de l'organisation des services doit être soumise à l'avis du CSE avant sa mise en œuvre. Si un directeur souhaite modifier les tableaux de roulement d'un service d'urgences, par exemple, il doit consulter le CSE en amont. Cela ne garantit pas l'absence de changement, mais impose un délai et une formalisation qui protège les agents contre les décisions précipitées.

Formation professionnelle : le plan de formation de l'établissement est soumis à l'avis du CSE. Les représentants peuvent donc interpeller la direction sur les priorités de formation, l'équilibre entre les catégories de personnel (A, B, C) ou l'accès aux formations qualifiantes. Pour aller plus loin sur ce sujet, consulter notre article sur le droit à la formation dans la fonction publique.

Protection des représentants du personnel : les membres du CSE bénéficient de protections statutaires renforcées. Ils ne peuvent être mutés, affectés à un autre poste ou licenciés (pour les contractuels) sans l'avis préalable du CSE. Cette protection est distincte de la protection fonctionnelle de l'agent public, qui couvre d'autres situations.

Droit de grève : bien que le CSE ne soit pas l'instance qui organise la grève — rôle qui revient aux organisations syndicales —, il constitue souvent le cadre dans lequel les tensions précédant un préavis de grève sont portées à la connaissance de la direction. Les représentants du personnel au CSE sont généralement aussi mandataires syndicaux, ce qui crée un lien fonctionnel entre l'instance et l'exercice du droit de grève dans la fonction publique.

Crédits d'heures : chaque représentant du personnel titulaire au CSE bénéficie d'un crédit d'heures mensuel pour exercer son mandat. Ce crédit varie de 15 à 25 heures selon la taille de l'établissement. Les heures utilisées sont considérées comme du temps de travail effectif et rémunérées comme tel — ce point est souvent méconnu des agents qui hésitent à s'engager dans le mandat par crainte d'une perte de rémunération.

Élections professionnelles : comment se passe le scrutin dans la FPH ?

Les élections professionnelles dans la Fonction Publique Hospitalière se tiennent simultanément pour l'ensemble des établissements, selon un calendrier national arrêté par le ministère chargé de la santé. Le dernier scrutin général a eu lieu en décembre 2022, au moment de la mise en place des premiers CSE. Le prochain scrutin est prévu en 2026.

Le vote est uninominal à un tour à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne. Seuls les syndicats représentatifs peuvent présenter des listes. La représentativité est déterminée par les résultats aux élections précédentes, ce qui crée un effet de seuil défavorable aux petites organisations syndicales.

Le scrutin peut se tenir :

  • À l'urne physique dans l'établissement.
  • Par correspondance, pour les agents ne pouvant se déplacer.
  • Par voie électronique, si l'établissement a mis en place un dispositif de vote en ligne conforme aux prescriptions réglementaires.

La participation aux élections professionnelles dans la FPH a connu une érosion progressive : elle s'établissait à environ 43 % lors du scrutin de 2022, contre 49 % en 2018 (DGAFP, 2023). Cette tendance n'est pas propre à la FPH — elle concerne l'ensemble des trois versants de la fonction publique — mais elle interroge sur la légitimité des instances représentatives dans un secteur sous forte tension managériale.

Les résultats des élections déterminent également la répartition des sièges à la FSSCT et influencent indirectement les négociations locales sur les accords collectifs. Depuis la loi de 2019, les employeurs publics hospitaliers peuvent conclure des accords collectifs avec les organisations syndicales majoritaires, ce qui confère aux résultats électoraux un poids stratégique supplémentaire.

CSE hospitalier et CSA de l'administration centrale : quelle différence ?

La réforme de 2019 a instauré des instances de dialogue social réformées dans les trois versants de la fonction publique, mais leurs dénominations et leurs règles de fonctionnement divergent selon le versant. Il est utile de clarifier ces distinctions pour éviter toute confusion.

Dans la Fonction Publique d'État (FPE), l'instance équivalente est le Comité Social d'Administration (CSA). Dans la Fonction Publique Territoriale (FPT), c'est le Comité Social Territorial (CST). Dans la Fonction Publique Hospitalière (FPH), c'est le Comité Social d'Établissement (CSE) — à ne pas confondre avec le CSE du secteur privé, régi par le Code du travail et doté de prérogatives différentes, notamment en matière d'activités sociales et culturelles.

Les différences principales entre le CSE hospitalier et ses équivalents dans les autres versants sont les suivantes :

  • Champ d'application : le CSE hospitalier est centré sur l'établissement, quand le CSA de la FPE peut être ministériel ou interministériel.
  • Présence médicale : la CME, instance propre aux établissements de santé, coexiste avec le CSE et traite des questions médicales. Cette dualité institutionnelle n'existe pas dans les autres versants.
  • Activités sociales et culturelles : dans la FPH, les activités sociales sont gérées par les associations ou amicales du personnel, sans que le CSE en soit directement gestionnaire, contrairement au CSE privé qui gère un budget dédié.
  • Articulation avec la direction des soins : le directeur des soins participe aux séances du CSE hospitalier sur les sujets relevant de sa compétence, ce qui est propre à l'organisation bicéphale des hôpitaux publics.

Ces spécificités expliquent pourquoi un agent qui évoluerait entre la FPH et la FPT — par exemple dans une structure médico-sociale — doit se familiariser avec deux régimes distincts. La cartographie de l'emploi territorial peut aider à identifier les établissements relevant de chaque versant.

Questions fréquentes sur le CSE hospitalier

Un agent contractuel à durée déterminée peut-il voter aux élections du CSE ?

Oui, sous réserve de justifier d'une ancienneté d'au moins trois mois dans l'établissement à la date du scrutin. Les CDD de moins de trois mois continus ne donnent pas accès au corps électoral. Un agent en CDD de plus de six mois est également éligible comme candidat, dans les mêmes conditions d'ancienneté.

Le CSE peut-il s'opposer à une restructuration de service ?

Le CSE peut émettre un avis défavorable sur une restructuration, ce qui oblige le directeur à motiver sa décision par écrit. En revanche, un avis négatif n'a pas de valeur bloquante : il n'empêche pas la mise en œuvre de la décision. Seul le recours au tribunal administratif peut suspendre une décision illégale.

Quelle est la différence entre un membre titulaire et un suppléant au CSE ?

Le membre titulaire siège avec droit de vote à toutes les réunions du CSE. Le suppléant remplace le titulaire en cas d'absence. Il peut assister aux séances sans droit de vote lorsque le titulaire est présent, sauf si le règlement intérieur du CSE le prévoit autrement. Les deux bénéficient des mêmes protections statutaires liées au mandat.

Le CSE hospitalier gère-t-il les activités sociales du personnel comme les séjours de vacances ?

Non. Dans la FPH, les activités sociales et culturelles relèvent généralement d'associations du personnel ou d'amicales distinctes du CSE, sans lien institutionnel direct avec lui. Certains grands établissements disposent de structures associatives dotées de budgets importants, mais elles fonctionnent de manière autonome, contrairement au CSE du secteur privé qui gère directement un budget d'activités sociales et culturelles.

Le médecin salarié d'un hôpital public est-il concerné par le CSE ?

Oui, les praticiens hospitaliers titulaires et les médecins contractuels travaillant dans un établissement public de santé sont électeurs au CSE. Ils peuvent également être candidats. La CME traite en parallèle des questions spécifiquement médicales, mais les conditions de travail communes à l'ensemble du personnel (horaires, locaux, organisation générale) relèvent du CSE.

Ce que les agents de la FPH doivent retenir du CSE

Le Comité Social d'Établissement est l'instance centrale du dialogue social dans les hôpitaux et établissements médico-sociaux publics depuis 2023. Il concentre des attributions autrefois réparties entre le CTE et le CHSCT, et intègre une formation spécialisée dédiée à la santé et à la sécurité pour les établissements de 200 agents et plus. Sa composition associe représentants du personnel élus, direction et partenaires institutionnels, dans une architecture présidée par l'employeur public.

Pour l'agent hospitalier, le CSE n'est pas une instance abstraite : il conditionne les consultations obligatoires avant toute modification des conditions de travail, ouvre des droits aux représentants élus — crédit d'heures, protection du mandat — et constitue un lieu de traçabilité des décisions de la direction. S'engager dans le mandat ou simplement voter aux élections professionnelles, c'est peser concrètement sur l'organisation de son établissement. Découvrez les offres d'emploi public disponibles dans les établissements de santé et rejoignez un secteur où le dialogue social, malgré ses limites, reste institutionnellement structuré.

Références : Loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, JORF n° 0182 du 7 août 2019 · Ordonnance n° 2021-174 du 17 février 2021 relative à la négociation et aux accords collectifs dans la fonction publique · Décret n° 2021-1570 du 3 décembre 2021 relatif aux comités sociaux des établissements publics relevant de la fonction publique hospitalière · DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, édition 2024 · Code de la santé publique, articles L. 6144-1 et suivants.

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