NBI : la bonification indiciaire qui augmente votre salaire
Publié le 17 mai 2026
Instaurée par la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991, la Nouvelle Bonification Indiciaire (NBI) est un complément de rémunération versé à certains agents publics qui exercent des fonctions impliquant une technicité particulière, des responsabilités spécifiques ou des sujétions précises. Elle se traduit concrètement par l'ajout de points d'indice majoré au traitement brut mensuel — entre 10 et 40 points selon les fonctions concernées. À la valeur du point d'indice fixée à 4,92 € bruts depuis juillet 2023 (arrêté du 28 juin 2023), cela représente entre 49 € et 197 € bruts supplémentaires par mois, soit un complément annuel pouvant dépasser 2 300 €.
Qui y a droit, exactement ? Le poste occupé suffit-il, ou faut-il répondre à d'autres critères ? La NBI est-elle cumulable avec les primes indemnitaires et les autres éléments de rémunération ? Cet article répond à ces questions avec précision, en couvrant les trois versants de la fonction publique.
Sommaire
- Qu'est-ce que la NBI : définition juridique et fondement réglementaire
- Quelles fonctions ouvrent droit à la NBI
- Montants de la NBI : combien de points selon les missions
- Conditions de versement et situations particulières
- Cumul de la NBI avec les autres éléments de rémunération
- NBI dans les trois versants : différences pratiques
- Impact de la NBI sur la retraite
- Que faire si la NBI n'est pas versée
- Ce que la NBI révèle de l'architecture salariale publique
Qu'est-ce que la NBI : définition juridique et fondement réglementaire
Définition synthétique — La Nouvelle Bonification Indiciaire est un complément de traitement, exprimé en points d'indice majoré, attribué de plein droit à tout agent public — titulaire ou non-titulaire occupant un emploi permanent — dès lors qu'il exerce effectivement les fonctions prévues par les textes réglementaires qui la définissent. Elle est distincte de toute prime indemnitaire : elle est intégrée au traitement brut et entre dans l'assiette de cotisation retraite.
Le fondement législatif est l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991. Les listes de fonctions éligibles et les taux correspondants sont définis par décrets spécifiques à chaque versant ou corps. Le principe est identique pour les trois versants : c'est la fonction exercée, et non le grade ou l'échelon, qui déclenche le droit. Un agent qui quitte les fonctions ouvrant droit à la NBI cesse d'en bénéficier, quel que soit son ancienneté ou son grade.
Ce mécanisme se distingue structurellement d'autres composantes de la fiche de paie. La grille indiciaire fonction publique 2026 détermine le traitement de base lié au grade et à l'échelon ; la NBI s'y superpose sans modifier ce positionnement statutaire. Elle est donc un levier de rémunération lié au poste, pas à la carrière.
Quelles fonctions ouvrent droit à la NBI
Les fonctions éligibles sont strictement délimitées par voie réglementaire. Elles couvrent trois grandes catégories de situations.
Fonctions impliquant une technicité supérieure. Il s'agit typiquement des agents chargés de missions requérant une expertise reconnue et durable : informaticiens de haut niveau, agents de sécurité spécialisés, cadres techniques en charge de systèmes complexes. Dans la Fonction Publique Territoriale (FPT), le décret n° 2006-779 du 3 juillet 2006 en dresse la liste pour les agents de catégorie C, tandis que d'autres décrets couvrent les catégories A et B.
Fonctions de responsabilité en relation directe avec les usagers. Ce volet concerne notamment les agents d'accueil exerçant dans des services à fort contact avec le public, les travailleurs sociaux intervenant en première ligne, ou encore les personnels soignants en charge de secteurs spécifiques. Dans la Fonction Publique Hospitalière (FPH), les décrets n° 92-6 et n° 92-7 du 2 janvier 1992 ont posé les premières listes, complétées depuis par plusieurs textes modificatifs.
Fonctions comportant des sujétions particulières. Certains postes exposent les agents à des contraintes d'organisation, de sécurité ou d'environnement qui justifient la NBI : personnels pénitentiaires, agents des douanes, certains enseignants affectés en zones difficiles (zones d'éducation prioritaire). Dans la Fonction Publique d'État (FPE), c'est le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 qui constitue le texte central, décliné ensuite par ministère.
Un point souvent ignoré : les agents non-titulaires occupant à titre permanent un emploi qui ouvre droit à la NBI en bénéficient également, dès lors que leur contrat les place effectivement dans les fonctions décrites. La jurisprudence administrative est constante sur ce point (Conseil d'État, 29 décembre 2000, n° 200284).
Montants de la NBI : combien de points selon les missions
Les montants varient de 10 à 40 points d'indice majoré selon la nature et le niveau de responsabilité des fonctions. À la valeur actuelle du point (4,92 € bruts), voici les ordres de grandeur mensuels :
- 10 points : environ 49 € bruts/mois — fonctions d'accueil ou de sujétion limitée
- 15 points : environ 74 € bruts/mois — technicité confirmée, catégorie B
- 20 points : environ 98 € bruts/mois — responsabilité éducative ou sociale de premier niveau
- 25 points : environ 123 € bruts/mois — encadrement ou expertise reconnue
- 30 points : environ 148 € bruts/mois — chefs de service à responsabilité forte
- 40 points : environ 197 € bruts/mois — niveau maximal, fonctions d'encadrement supérieur ou expertise rare
Ces montants bruts sont soumis aux cotisations sociales habituelles (retraite, CSG, CRDS). Le net perçu est donc inférieur d'environ 20 à 25 % selon le statut. La NBI figure sur le bulletin de salaire en ligne distincte du traitement indiciaire de base, ce qui permet de la vérifier aisément.
Pour mieux situer la NBI dans l'ensemble des compléments de rémunération, il est utile de la comparer à d'autres mécanismes : l'indemnité de résidence fonctionnaire dépend de la zone géographique d'affectation, la garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA) compense une perte de revenu réel, tandis que la NBI rémunère une spécificité fonctionnelle. Ces trois mécanismes relèvent de logiques distinctes et peuvent se cumuler.
Conditions de versement et situations particulières
Le versement de la NBI est soumis à trois conditions cumulatives : l'agent doit être nommé sur un emploi permanent, cet emploi doit figurer dans la liste réglementaire ouvrant droit à la NBI, et l'agent doit exercer effectivement les fonctions en question.
Temps partiel. La NBI est versée au prorata du temps de travail effectif. Un agent à 80 % perçoit 80 % de la NBI prévue pour son poste. Cette règle est posée par l'article 28 de la loi du 18 janvier 1991 et confirmée par la jurisprudence.
Congé maladie ordinaire. La NBI continue d'être versée pendant un congé maladie ordinaire, dans les mêmes conditions que le traitement. En revanche, elle est suspendue en cas de congé de longue maladie (CLM) ou de congé de longue durée (CLD) après la période de plein traitement.
Disponibilité et détachement. Un agent placé en disponibilité ne perçoit plus la NBI, puisqu'il n'exerce plus les fonctions. En détachement, c'est le corps ou le cadre d'emplois d'accueil qui détermine l'éligibilité : si le poste d'accueil figure dans une liste NBI, l'agent peut en bénéficier dans sa nouvelle affectation.
Mutation. Le droit à la NBI est attaché au poste, pas à la personne. Un agent muté sur un poste qui n'ouvre pas droit à la NBI perd immédiatement le bénéfice, même s'il exerçait des fonctions identiques dans sa collectivité ou administration d'origine. L'inverse est également vrai : une mutation vers un poste NBI déclenche le versement dès la prise de fonctions effective.
Agents contractuels. Comme indiqué plus haut, les contractuels occupant à titre permanent un emploi éligible ont droit à la NBI. En pratique, cette disposition est parfois mal appliquée. Un agent contractuel qui ne perçoit pas la NBI alors qu'il occupe un poste éligible peut en réclamer le versement, y compris rétroactivement dans la limite de la prescription quadriennale (loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968).
Cumul de la NBI avec les autres éléments de rémunération
La NBI est cumulable avec la quasi-totalité des autres composantes de la rémunération publique. Elle se cumule notamment avec :
- Le Régime Indemnitaire tenant compte des Fonctions, des Sujétions, de l'Expertise et de l'Engagement Professionnel (RIFSEEP), dans ses deux composantes (Indemnité de Fonctions, de Sujétions et d'Expertise — IFSE — et Complément Indemnitaire Annuel — CIA)
- Le supplément familial de traitement (SFT), qui est attribué selon la composition du foyer
- La indemnité de résidence, calculée sur le traitement brut hors NBI
- Les frais de déplacement fonctionnaire, qui relèvent d'un remboursement de frais et non d'une rémunération
Une précision importante : le RIFSEEP et la NBI obéissent à des logiques différentes mais compatibles. Le RIFSEEP récompense l'engagement professionnel individuel et peut varier selon l'évaluation annuelle. La NBI est forfaitaire, liée au poste, et non modulable. L'employeur public ne peut pas substituer l'une à l'autre, ni conditionner le versement de la NBI à des critères de performance.
En ce qui concerne le SFT en fonction publique, les deux dispositifs sont indépendants : le SFT dépend de la situation familiale, la NBI de la nature du poste. Leur cumul est non seulement autorisé mais fréquent chez les agents exerçant des fonctions sociales ou éducatives.
NBI dans les trois versants : différences pratiques
Si le principe est unifié par la loi de 1991, les listes de fonctions éligibles et les taux sont définis par des textes distincts selon le versant. Quelques différences notables :
Fonction Publique d'État (FPE). Les listes sont fixées par le décret n° 93-522 du 26 mars 1993, puis précisées par ministère. Les enseignants affectés en réseau d'éducation prioritaire renforcé (REP+) perçoivent ainsi une NBI spécifique de 40 points, portée à ce niveau par le décret n° 2015-1087 du 28 août 2015. Les inspecteurs du travail ou certains agents des finances publiques disposent également de taux propres.
Fonction Publique Territoriale (FPT). C'est dans ce versant que la NBI est la plus diversifiée et parfois la moins bien connue des agents. Le décret n° 2006-779 du 3 juillet 2006 couvre la catégorie C, le décret n° 2006-780 la catégorie B, et le décret n° 2006-781 la catégorie A. Les fonctions d'accueil, les responsabilités au sein des centres communaux d'action sociale (CCAS), ou encore certains postes de secrétaire de mairie dans les petites communes figurent dans ces listes. Les offres d'emploi territorial mentionnent parfois explicitement la NBI dans les conditions de rémunération, ce qui constitue un indicateur utile lors d'une candidature.
Fonction Publique Hospitalière (FPH). La NBI hospitalière repose sur les décrets n° 92-6 et n° 92-7 du 2 janvier 1992, complétés par plusieurs textes ultérieurs. Les aides-soignants de nuit, les infirmiers de secteurs fermés ou encore les cadres de santé exerçant en réanimation sont parmi les catégories les plus fréquemment citées. La FPH se distingue par le nombre élevé de postes concernés, ce qui en fait un enjeu significatif dans la politique salariale des établissements.
Impact de la NBI sur la retraite
La NBI entre dans l'assiette de cotisation retraite du régime de la fonction publique (CNRACL pour FPT et FPH, SRE pour FPE). Elle génère donc des droits à pension. Ce point la distingue fondamentalement des primes indemnitaires de type RIFSEEP, qui ne cotisent pas au régime principal de retraite (sauf intégration partielle via le régime additionnel de la fonction publique — RAFP).
Concrètement, la NBI est prise en compte dans le calcul du traitement de référence pour la retraite, qui correspond aux 6 derniers mois de traitement brut (traitement indiciaire + NBI, hors primes). Un agent qui perçoit 30 points de NBI durant ses dernières années de carrière verra sa pension calculée sur une base plus élevée que s'il n'en avait pas bénéficié.
Pour évaluer l'impact exact sur une situation individuelle, le simulateur de la retraite fonctionnaire en 2026 permet d'intégrer les différentes composantes du traitement. La NBI doit y figurer explicitement pour que la projection soit fiable.
Que faire si la NBI n'est pas versée
L'absence de versement de la NBI constitue une irrégularité, pas une simple erreur administrative bénigne. L'agent dispose de plusieurs recours progressifs.
Étape 1 — Vérification interne. Avant toute démarche, l'agent doit s'assurer que son poste figure bien dans la liste réglementaire applicable à son versant et à sa catégorie. Le service des ressources humaines doit pouvoir confirmer ou infirmer cette éligibilité sur la base des décrets. Une demande écrite avec accusé de réception est préférable à une simple demande orale.
Étape 2 — Recours gracieux. Si le service RH reconnaît l'éligibilité mais invoque un blocage administratif ou budgétaire, l'agent adresse un recours gracieux à l'autorité territoriale, au directeur de l'établissement ou au chef de service selon le versant. Le versement est de droit : aucun argument budgétaire ne peut légalement s'y opposer.
Étape 3 — Recours contentieux. En l'absence de réponse ou en cas de refus, l'agent peut saisir le tribunal administratif compétent. La prescription quadriennale s'applique : les sommes dues depuis plus de quatre ans au 31 décembre de l'année de référence sont prescrites. Il est donc important d'agir rapidement. Les organisations syndicales peuvent accompagner cette démarche.
La jurisprudence du Conseil d'État est constamment favorable aux agents dans ce type de litige : dès lors que les fonctions sont effectivement exercées et que le poste est listé, le versement est obligatoire. Le passage d'un concours de la fonction publique en 2026 peut ouvrir sur un poste ouvrant droit à la NBI — les candidats ont intérêt à se renseigner sur ce point dès la lecture des fiches de poste.
Questions fréquentes sur la NBI nouvelle bonification indiciaire
La NBI est-elle imposable ?
Oui. La NBI est soumise à l'impôt sur le revenu dans les mêmes conditions que le traitement indiciaire. Elle figure dans la rémunération brute totale déclarée par l'employeur public.
Un agent contractuel en CDD peut-il percevoir la NBI ?
Non. La NBI est réservée aux agents occupant un emploi permanent. Un contractuel en contrat à durée déterminée (CDD) n'y a pas droit, sauf à occuper un emploi qualifié de permanent par l'autorité de nomination, ce qui est rare en CDD.
La NBI est-elle versée pendant les congés maternité ?
Oui. Le congé de maternité est assimilé à une période d'activité à plein traitement. La NBI continue d'être versée pendant toute la durée du congé maternité, dans les mêmes conditions que le traitement de base.
Peut-on percevoir deux NBI simultanément ?
Non. L'article 28 de la loi du 18 janvier 1991 interdit le cumul de plusieurs NBI pour un même agent. Si un poste ouvre théoriquement droit à plusieurs taux, c'est le taux le plus élevé qui s'applique.
La NBI figure-t-elle dans le calcul du RAFP ?
Non. Le Régime Additionnel de la Fonction Publique (RAFP) est assis sur les éléments de rémunération accessoires, primes et indemnités. La NBI, intégrée au traitement brut, n'entre pas dans l'assiette du RAFP.
Ce que la NBI révèle de l'architecture salariale publique
La Nouvelle Bonification Indiciaire illustre une logique propre à la rémunération dans la fonction publique : la reconnaissance des spécificités fonctionnelles passe par le traitement indiciaire, pas seulement par les primes. Ce choix a des conséquences durables — sur la retraite, sur la lisibilité de la fiche de paie, sur l'égalité de traitement entre agents occupant des postes comparables. Contrairement à d'autres compléments de rémunération qui peuvent varier selon les décisions de l'employeur, la NBI est un droit : elle s'impose dès que les conditions réglementaires sont réunies.
Pour les agents qui cherchent à comprendre l'ensemble de leur rémunération ou à progresser dans leur carrière, explorer les offres d'emploi public en ciblant les postes mentionnant explicitement la NBI constitue une stratégie concrète d'optimisation salariale sans mobilité de grade.
Références : Loi n° 91-73 du 18 janvier 1991, article 27 et 28 (Légifrance) · Décret n° 93-522 du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la NBI dans la FPE (Légifrance) · Décrets n° 2006-779, 2006-780 et 2006-781 du 3 juillet 2006 relatifs à la NBI dans la FPT (Légifrance) · Décrets n° 92-6 et n° 92-7 du 2 janvier 1992 relatifs à la NBI dans la FPH (Légifrance) · Arrêté du 28 juin 2023 fixant la valeur du point d'indice de la fonction publique (DGAFP) · Conseil d'État, 29 décembre 2000, n° 200284.
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