Salaire infirmier hospitalier 2026 : grille, Ségur, primes
Publié le 20 mai 2026
Salaire infirmier hospitalier 2026 : Ségur, primes, ce qu'on gagne vraiment
En 2022, la revalorisation issue du Ségur de la santé a représenté une hausse de 183 euros nets mensuels pour la quasi-totalité des personnels soignants de la fonction publique hospitalière (FPH) — le mouvement de revalorisation salariale le plus important du secteur public depuis plusieurs décennies (DGAFP, rapport annuel 2023). Pourtant, le salaire infirmier hospitalier reste souvent mal compris : fiches de paie complexes, multiplicité des primes, reclassements successifs en catégorie A depuis 2012, passage au nouveau grade de catégorie A+ en cours de déploiement. Le résultat brut affiché sur la grille indiciaire ne dit pas grand-chose du revenu réellement perçu en fin de mois.
Que touche réellement un infirmier diplômé d'État (IDE) en début de carrière dans un hôpital public ? La grille a-t-elle été profondément transformée par le Ségur, ou s'agit-il d'un simple supplément indemnitaire ? Les primes de nuit, de dimanche et la nouvelle bonification indiciaire (NBI) changent-elles vraiment la donne ? Cet article détaille, chiffres à l'appui, la structure complète de la rémunération d'un infirmier en hôpital public en 2026.
Sommaire
- Statut et catégorie : l'infirmier hospitalier en catégorie A depuis 2012
- La grille indiciaire 2026 : échelons, indices, traitement brut
- Le Ségur de la santé et les revalorisations ultérieures
- Primes et indemnités : ce qui s'ajoute au traitement
- Du brut au net : ce qu'on perçoit vraiment
- Évolution de carrière et impact salarial
- Comparaisons : IDE hospitalier vs autres filières publiques
- Questions fréquentes sur le salaire infirmier hospitalier
- Ce que vaut aujourd'hui le métier d'infirmier hospitalier
Statut et catégorie : l'infirmier hospitalier en catégorie A depuis 2012
Définition synthétique — L'infirmier diplômé d'État exerçant dans un établissement public de santé est fonctionnaire de la FPH, régi par le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés. Il relève de la catégorie A de la fonction publique depuis la réforme LMD de 2012, qui a aligné son classement sur le niveau licence (bac+3).
Avant 2012, les infirmiers appartenaient à la catégorie B. Le passage en catégorie A a entraîné un reclassement indiciaire et l'accès à un nouveau corps : le corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés, organisé en deux grades principaux — infirmier de classe normale et infirmier de classe supérieure — auxquels s'ajoute depuis 2016 le grade d'infirmier en pratique avancée (IPA), qui constitue un corps distinct régi par le décret n° 2019-513 du 24 mai 2019.
Ce positionnement en catégorie A a des conséquences directes sur la grille de rémunération, le calcul de la retraite et les conditions de recrutement. Pour comprendre les mécanismes généraux de cotation indiciaire applicables à l'ensemble de la fonction publique, la grille indiciaire fonction publique 2026 offre un cadre de lecture utile.
La grille indiciaire 2026 : échelons, indices, traitement brut
Le traitement de base d'un fonctionnaire hospitalier est calculé à partir de l'indice majoré (IM) multiplié par la valeur annuelle du point d'indice. Depuis le 1er juillet 2023, la valeur du point d'indice est fixée à 4,92278 euros bruts annuels (décret n° 2023-519 du 28 juin 2023). Elle est inchangée depuis lors au 1er janvier 2026.
Formule de base :
Traitement brut mensuel = (IM × 4,92278) / 12
Grille de la classe normale (extrait, données 2026) :
- Échelon 1 (début de carrière) : IM 374 → environ 1 921 € bruts/mois
- Échelon 3 : IM 392 → environ 2 013 € bruts/mois
- Échelon 5 : IM 426 → environ 2 188 € bruts/mois
- Échelon 7 : IM 467 → environ 2 398 € bruts/mois
- Échelon 9 : IM 523 → environ 2 685 € bruts/mois
- Échelon 11 (sommet de grade) : IM 582 → environ 2 988 € bruts/mois
Grille de la classe supérieure (extrait) :
- Échelon 1 : IM 452 → environ 2 321 € bruts/mois
- Échelon 5 : IM 543 → environ 2 788 € bruts/mois
- Échelon 7 (sommet) : IM 618 → environ 3 173 € bruts/mois
Ces indices sont issus des annexes du décret n° 2010-1139 modifié, mis à jour lors des revalorisations successives du Ségur et du protocole Laforcade. Les avancements d'échelon obéissent à une durée minimale fixée par les textes statutaires ; la promotion au grade supérieur dépend d'un ratio d'avancement fixé par l'établissement.
Le Ségur de la santé et les revalorisations ultérieures
Le Ségur de la santé (accords du 13 juillet 2020, décret n° 2020-1152 du 19 septembre 2020) a introduit une indemnité mensuelle spécifique de 183 euros nets pour les personnels des établissements publics de santé et des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) publics. Cette indemnité, distincte du traitement indiciaire, a été versée sous forme de complément de traitement indiciaire (CTI).
Contrairement à une idée répandue, le CTI n'est pas intégré dans la grille indiciaire : il s'agit d'un supplément indemnitaire, ce qui a des conséquences sur son intégration dans le calcul de la pension de retraite (voir la section dédiée à la retraite ci-dessous). En 2021, une seconde tranche a porté ce supplément à 183 euros nets supplémentaires pour les personnels médicaux, et une extension progressive a couvert d'autres acteurs du soin à domicile et du médico-social.
En 2022, le protocole d'accord relatif à la FPH (dit « protocole Laforcade ») a revalorisé les grilles indiciaires de plusieurs corps paramédicaux, dont les infirmiers, par relèvement des indices majorés à plusieurs échelons. Cette revalorisation, elle, est intégrée dans le traitement indiciaire et donc prise en compte pour la retraite.
En juillet 2023, la hausse de 1,5 % de la valeur du point d'indice (de 4,85123 à 4,92278 €) a mécaniquement augmenté tous les traitements bruts. Au total, entre 2020 et 2026, un infirmier en classe normale échelon 1 a vu son revenu mensuel net progresser d'environ 250 à 280 euros par rapport à son niveau pré-Ségur, primes CTI comprises.
Il reste que ces revalorisations n'ont pas totalement comblé l'écart de rémunération avec plusieurs pays européens comparables. À titre indicatif, la DREES (« Les dépenses de santé en 2022 », édition 2023) souligne que la rémunération des infirmiers hospitaliers français demeure inférieure à la moyenne des pays de l'OCDE rapportée au PIB par habitant.
Primes et indemnités : ce qui s'ajoute au traitement
La rémunération réelle d'un infirmier hospitalier dépasse significativement le seul traitement indiciaire. Plusieurs composantes indemnitaires s'y ajoutent, dont certaines sont quasi-universelles et d'autres liées aux conditions d'exercice.
Complément de traitement indiciaire (CTI) — Ségur : 183 euros nets/mois, versé à tous les agents des établissements publics de santé éligibles, quel que soit le grade ou la quotité de travail (proratisé pour les temps partiels).
Indemnité de sujétions spéciales (ISS) : prime mensuelle liée aux contraintes de l'exercice hospitalier (travail en continu, week-ends, nuits). Son montant est fixé réglementairement ; elle représente environ 10 à 15 % du traitement indiciaire brut selon les établissements.
Indemnité de travail de nuit : les agents travaillant entre 21h et 6h perçoivent une indemnité horaire spécifique, dont le montant est fixé par le décret n° 97-855 du 12 septembre 1997 modifié. Pour un temps plein en service de nuit, le supplément mensuel peut atteindre 150 à 200 euros bruts.
Indemnité de dimanche et jours fériés : chaque dimanche ou jour férié travaillé donne lieu à une indemnité forfaitaire fixée à environ 45 euros bruts par journée (montant révisé par arrêté).
Nouvelle bonification indiciaire (NBI) : accordée aux agents exerçant certaines fonctions à responsabilité ou de coordination (infirmier coordinateur, cadre de proximité en attente de promotion) ; elle ajoute des points d'indice supplémentaires directement intégrés dans le traitement de base.
Supplément familial de traitement (SFT) : versé aux agents ayant des enfants à charge, selon un barème fixé nationalement.
Prime de fin d'année / prime d'intéressement : certains établissements versent des primes complémentaires dans le cadre de leur politique indemnitaire locale. Ces primes ne sont pas réglementairement obligatoires et varient d'un établissement à l'autre.
En cumulant traitement indiciaire, CTI, ISS, indemnités de nuit et de dimanche, un IDE à temps plein en classe normale, milieu de carrière, exerçant en horaires décalés peut percevoir un brut mensuel réel compris entre 2 700 et 3 200 euros, selon le service et l'établissement.
Du brut au net : ce qu'on perçoit vraiment
Le passage du brut au net dans la FPH suit les mêmes mécanismes que dans les deux autres versants de la fonction publique, avec quelques spécificités.
Cotisations retenues sur la fiche de paie :
- Contribution sociale généralisée (CSG) et contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) : environ 9,7 % sur 98,25 % du brut
- Cotisation retraite CNRACL (Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, compétente pour la FPH) : 11,10 % du traitement indiciaire brut (hors CTI et primes)
- Contribution exceptionnelle de solidarité (CES) : 1 % du traitement brut
- Mutuelle : variable selon le contrat collectif de l'établissement
Le taux de prélèvement global oscille entre 22 et 25 % du brut total, selon la composition de la rémunération (la part CTI est soumise à la CSG mais pas à la cotisation CNRACL, ce qui allège légèrement les prélèvements sur cette fraction).
Exemples de salaires nets mensuels estimés en 2026 :
- IDE classe normale, échelon 1, sans nuit ni dimanche : environ 1 750 à 1 850 € nets (CTI inclus)
- IDE classe normale, échelon 5, avec ISS + nuits régulières : environ 2 100 à 2 300 € nets
- IDE classe supérieure, échelon 5, service de nuit : environ 2 500 à 2 800 € nets
- Infirmier en pratique avancée (IPA), début de grade : environ 2 600 à 2 900 € nets
Ces estimations sont indicatives. Le net réel dépend de la quotité de travail, du régime horaire, de la situation familiale et de la politique indemnitaire de l'établissement. La fiche de paie hospitalière est l'une des plus complexes de la fonction publique : ne jamais se fier uniquement à l'indice majoré affiché.
Évolution de carrière et impact salarial
La progression salariale d'un infirmier hospitalier emprunte plusieurs voies, qui ont chacune un impact différent sur la rémunération.
Avancement d'échelon : automatique selon l'ancienneté, il permet de progresser au sein d'un grade. La durée de chaque échelon varie de 1 à 3 ans selon la classe. Sur l'ensemble d'une carrière en classe normale (11 échelons), la progression indiciaire représente une hausse du traitement brut de l'ordre de 55 % entre le 1er et le dernier échelon.
Promotion au grade de classe supérieure : après inscription sur un tableau d'avancement, soumis à un quota fixé par l'établissement. Ce changement de grade s'accompagne d'un reclassement favorable à l'indice majoré et d'un gain mensuel brut de 100 à 200 euros selon l'échelon d'arrivée.
Accès au corps des infirmiers en pratique avancée (IPA) : conditionné à l'obtention d'un master IPA (bac+5) et à la réussite d'un concours ou d'une sélection interne. La grille IPA est distincte et nettement plus favorable : l'IM de début de grade s'établit autour de 480 à 500, avec un sommet de grade supérieur à 700 IM.
Accès au corps des cadres de santé : par concours professionnel, puis formation à l'Institut de formation des cadres de santé (IFCS). Le cadre de santé relève d'un corps catégorie A de niveau supérieur, avec une grille indiciaire propre et une rémunération nette en milieu de carrière dépassant souvent 2 800 à 3 200 euros nets.
La question de la retraite fonctionnaire 2026 est particulièrement structurante pour les infirmiers : les services actifs (classés en catégorie active) ouvrent droit à une retraite anticipée à 57 ans, un avantage préservé par la réforme de 2023 pour ceux qui justifient d'un nombre d'années suffisant en catégorie active. La CNRACL calcule la pension sur la base du dernier traitement indiciaire brut — ce qui exclut le CTI Ségur du calcul de la pension de retraite, un point souvent ignoré des agents.
Comparaisons : IDE hospitalier vs autres filières publiques
La lecture de la rémunération infirmière gagne à être mise en perspective avec d'autres corps de catégorie A de la fonction publique.
Le salaire attaché territorial (catégorie A, filière administrative de la Fonction publique territoriale) présente une grille indiciaire comparable en début de carrière, mais les primes territoriales (RIFSEEP) sont moins encadrées et parfois plus élevées dans les grandes collectivités. En revanche, l'attaché territorial ne bénéficie pas du CTI ni des sujétions hospitalières.
Le salaire ingénieur territorial (catégorie A, filière technique) démarre à un indice légèrement supérieur à celui de l'IDE, avec un différentiel qui se creuse en milieu de carrière selon les établissements. Le salaire technicien territorial (catégorie B) reste en dessous du niveau infirmier sur l'ensemble de la grille — ce qui illustre concrètement l'effet du passage des infirmiers en catégorie A.
Les filières administratives de catégorie B et C, comme le salaire rédacteur territorial ou le salaire adjoint administratif territorial, sont structurellement inférieures à la rémunération d'un IDE hospitalier, en particulier lorsqu'on intègre les primes de sujétions et le CTI.
À noter : les infirmiers exerçant dans la Fonction publique territoriale (structures sociales et médico-sociales des collectivités) ou dans la Fonction publique de l'État relèvent de grilles distinctes, non identiques à celle de la FPH. La comparaison entre filières nécessite de distinguer les trois versants — un point important pour tout agent envisageant une mobilité vers l'emploi territorial.
Pour ceux qui envisagent d'évoluer vers d'autres corps ou grades par voie de concours, les concours fonction publique 2026 offrent un panorama des opportunités disponibles dans les trois versants.
Questions fréquentes sur le salaire infirmier hospitalier
Le CTI Ségur est-il pris en compte pour la retraite ?
Non. Le complément de traitement indiciaire (CTI) est une indemnité : il n'est pas intégré dans le traitement indiciaire brut qui sert de base au calcul de la pension CNRACL. Seul le traitement brut indiciaire — multiplié par le taux d'annuité — détermine la pension. C'est un point défavorable du dispositif Ségur que plusieurs organisations syndicales contestent.
Un infirmier contractuel touche-t-il les mêmes primes qu'un titulaire ?
En principe oui pour le CTI, qui s'applique à tous les agents des établissements éligibles quelle que soit leur situation statutaire. En revanche, certaines primes liées à l'avancement de grade ou à la NBI sont réservées aux fonctionnaires titulaires. La rémunération d'un contractuel est fixée par référence à la grille, mais peut légèrement s'en écarter selon la négociation à l'embauche.
Quelle est la différence de salaire entre un IDE et un infirmier en pratique avancée (IPA) ?
L'IPA relève d'un corps distinct avec une grille supérieure. En début de grade IPA, le différentiel de traitement indiciaire brut avec un IDE classe normale sommet de grade est d'environ 150 à 250 euros bruts mensuels. L'avantage de l'IPA se creuse ensuite avec la progression dans la grille IPA, qui culmine à un indice majoré nettement plus élevé que celui de la classe supérieure IDE.
Le travail de nuit est-il vraiment rentable financièrement ?
Les indemnités de nuit et de dimanche peuvent représenter un supplément net de 200 à 350 euros par mois pour un agent à temps plein en service de nuit tournant, soit un gain annuel de 2 400 à 4 200 euros. Ce supplément est soumis aux prélèvements sociaux mais pas à la cotisation CNRACL. Sur l'ensemble d'une carrière, l'impact sur la pension reste marginal puisque ces indemnités n'entrent pas dans la base de calcul.
Un infirmier peut-il exercer dans la FPT et bénéficier du même salaire ?
Les infirmiers territoriaux relèvent d'un cadre d'emplois spécifique de la FPT avec une grille différente de celle de la FPH. Le CTI n'est pas automatiquement applicable dans la FPT, sauf pour les structures explicitement couvertes par les extensions réglementaires (certains EHPAD territoriaux, services de soins à domicile publics). La comparaison des rémunérations entre FPH et FPT pour un même diplôme infirmier mérite une analyse poste par poste.
Ce que vaut aujourd'hui le métier d'infirmier hospitalier
En 2026, le salaire infirmier hospitalier se situe entre 1 750 euros nets en tout début de carrière (classe normale, échelon 1, sans sujétions) et plus de 3 000 euros nets pour un profil en classe supérieure ou IPA, exerçant en service de nuit avec plusieurs années d'ancienneté. Cette fourchette large dit l'essentiel : la rémunération d'un IDE n'est lisible qu'en prenant en compte la totalité de la fiche de paie — traitement indiciaire, CTI, ISS, indemnités de sujétions, situation familiale.
Le Ségur a constitué un rattrapage réel, mais structurellement incomplet : en excluant le CTI de la base CNRACL, il a créé un avantage immédiat sur le net mensuel mais un déficit sur la pension future. Les revalorisations indiciaires du protocole Laforcade ont en partie corrigé cet effet, sans l'effacer totalement. La question de la transposition du CTI en points d'indice reste ouverte dans les négociations sociales.
Pour les professionnels souhaitant explorer les opportunités de mobilité ou d'évolution, la fiche métier infirmier(ère) recense les débouchés, les voies d'accès et les établissements qui recrutent. Les candidats à un poste en hôpital public trouveront les offres d'emploi actives sur emploi public.
Références : Décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés (version consolidée 2024) · Décret n° 2020-1152 du 19 septembre 2020 relatif au complément de traitement indiciaire dans la FPH · DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique 2023 · DREES, Les dépenses de santé en 2022, édition 2023 · Décret n° 2023-519 du 28 juin 2023 portant majoration du traitement dans la fonction publique · Circulaire DGOS/RH3/2021/256 relative à la mise en œuvre du Ségur de la santé.
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