Cumul emploi-retraite fonction publique : règles 2023

Publié le 5 juin 2026

Environ 500 000 retraités du secteur public exercent une activité rémunérée en parallèle de leur pension (DGAFP, 2023). Ce chiffre, en progression constante depuis dix ans, illustre une réalité que la réforme des retraites du 14 avril 2023 a profondément redessinée : le cumul emploi-retraite dans la fonction publique n'obéit plus tout à fait aux mêmes règles qu'avant. La loi n° 2023-270 a supprimé le plafond de ressources dans certains cas, introduit une cotisation ouvrant de nouveaux droits à pension et élargi la retraite progressive aux fonctionnaires — autant de changements qui modifient concrètement les calculs des agents qui envisagent de reprendre ou de poursuivre une activité après liquidation.

Qui peut cumuler intégralement pension et salaire ? Quelles cotisations sont désormais dues, et donnent-elles vraiment droit à une pension supplémentaire ? La retraite progressive est-elle accessible à tous les statuts ? Cet article répond à ces questions en distinguant les régimes, les plafonds résiduels et les pièges à éviter.

Sommaire

  1. Qu'est-ce que le cumul emploi-retraite dans la fonction publique ?
  2. Le régime antérieur à 2023 : plafonds et restrictions
  3. Ce que la réforme de 2023 a changé concrètement
  4. Cumul intégral : conditions et cas éligibles
  5. Cumul plafonné : qui reste concerné et comment calculer le plafond ?
  6. Nouvelles cotisations et nouveaux droits à pension
  7. La retraite progressive étendue aux fonctionnaires
  8. Cas pratiques : fonctionnaire, contractuel, employeur territorial
  9. Questions fréquentes sur le cumul emploi-retraite
  10. Ce qu'il faut retenir avant de reprendre une activité

Qu'est-ce que le cumul emploi-retraite dans la fonction publique ?

Définition synthétique — Le cumul emploi-retraite désigne la situation d'un agent public qui, après avoir liquidé sa pension de retraite auprès d'un régime obligatoire, reprend ou poursuit une activité professionnelle rémunérée. Le cadre est fixé par les articles L. 161-22 à L. 161-22-3 du Code de la sécurité sociale et, pour les fonctionnaires, par les articles L. 86 à L. 86-1 du Code des pensions civiles et militaires de retraite (CPCMR) ainsi que par le décret n° 2004-1056 relatif au régime des pensions des agents des collectivités locales.

Deux régimes coexistent : le cumul intégral, qui permet de percevoir pension et revenus d'activité sans restriction de montant, et le cumul plafonné, qui limite la somme des deux à un certain seuil, avec écrêtement de la pension si ce seuil est dépassé. La réforme de 2023 a profondément modifié la frontière entre les deux.

Le régime antérieur à 2023 : plafonds et restrictions

Avant la loi du 14 avril 2023, un fonctionnaire qui liquidait sa retraite et reprenait une activité dans la même collectivité ou le même établissement public ne pouvait pas cumuler intégralement. Le cumul n'était possible que si le total — pension plus revenus — ne dépassait pas le dernier traitement indiciaire brut perçu, ou à défaut un plafond exprimé en pourcentage du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS). Au-delà, la pension était réduite à due concurrence.

Ce dispositif était critiqué pour deux raisons. D'une part, il décourageait la reprise d'activité dans les secteurs en tension — notamment dans la emploi territorial — où les employeurs avaient besoin de retraités expérimentés pour combler des vacances de poste. D'autre part, les cotisations versées pendant la période de cumul n'ouvraient aucun nouveau droit à pension : les agents cotisaient à perte, ce qui était perçu comme une double peine.

Seuls ceux qui remplissaient cumulativement deux conditions pouvaient bénéficier du cumul intégral : avoir atteint l'âge légal de départ (60 ou 62 ans selon la génération) et avoir liquidé leur pension à taux plein retraite fonctionnaire. Toute reprise d'activité en deçà de ces conditions tombait sous le régime plafonné.

Ce que la réforme de 2023 a changé concrètement

La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 portant réforme des retraites a introduit trois modifications majeures pour le cumul emploi-retraite dans la fonction publique.

  • Suppression du plafond pour le cumul intégral. Depuis le 1er septembre 2023, tout retraité qui remplit les conditions du cumul intégral (âge légal atteint et taux plein) peut percevoir l'intégralité de sa pension et l'intégralité de ses nouveaux revenus d'activité, sans plafond ni écrêtement, quelle que soit la somme des deux.
  • Ouverture de nouveaux droits à pension. Les cotisations versées au titre de l'activité reprise après liquidation ouvrent désormais droit à une pension supplémentaire, liquidée ultérieurement. Ce droit est acquis à partir du 1er janvier 2024 pour les cotisations versées après cette date.
  • Extension de la retraite progressive. Ce dispositif, jusqu'alors réservé aux salariés du privé, est ouvert aux fonctionnaires titulaires à compter du 1er septembre 2023, sous conditions d'âge et de durée d'assurance.

Ces trois mesures s'inscrivent dans une logique d'incitation à prolonger l'activité, cohérente avec le relèvement de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Pour comprendre comment ce relèvement affecte vos droits, voir notre article sur la retraite fonctionnaire 2026.

Cumul intégral : conditions et cas éligibles

Le cumul intégral est accessible au retraité de la fonction publique qui satisfait simultanément à deux critères à la date de liquidation de la pension :

  1. Avoir atteint l'âge légal de départ tel que défini par la génération de naissance (progressivement porté à 64 ans d'ici 2030).
  2. Avoir liquidé sa pension sans décote, c'est-à-dire en ayant validé la durée d'assurance requise ou atteint l'âge d'annulation de la décote. Sur ce point, notre article sur la décote retraite fonctionnaire détaille les coefficients applicables par génération.

Lorsque ces deux conditions sont réunies, l'agent peut reprendre n'importe quelle activité — y compris chez son ancien employeur public — sans aucune limite de cumul. La pension est servie en totalité, les revenus sont perçus en totalité. L'employeur reste redevable des cotisations sociales patronales habituelles.

Un point d'attention : la condition de taux plein s'apprécie à la date de liquidation, pas à la date de reprise d'activité. Un agent qui a liquidé avec décote parce qu'il manquait des trimestres ne peut pas basculer en cumul intégral a posteriori, même s'il atteint ultérieurement l'âge d'annulation de la décote. Le statut est figé au moment de la liquidation. Ceux qui envisagent de compléter leur durée avant de liquider peuvent se renseigner sur le rachat trimestres fonctionnaire.

Cumul plafonné : qui reste concerné et comment calculer le plafond ?

Le cumul plafonné s'applique à tous les retraités qui ne remplissent pas les deux conditions du cumul intégral : soit ils n'ont pas atteint l'âge légal au moment de la liquidation (départ anticipé pour carrière longue, handicap, invalidité), soit ils ont liquidé avec une décote.

Dans ce cas, la règle est la suivante : la somme de la pension brute annuelle et des revenus d'activité bruts annuels ne peut pas dépasser le dernier traitement indiciaire brut d'activité perçu avant la retraite. Si ce plafond est franchi, la pension est réduite du montant de l'excédent, jusqu'à suspension complète si les revenus d'activité seuls dépassent déjà le plafond.

Exemple simplifié : un agent dont le dernier traitement était de 2 800 € bruts mensuels et qui perçoit une pension de 1 900 € peut reprendre une activité rémunérée jusqu'à 900 € bruts par mois sans écrêtement. Au-delà, chaque euro supplémentaire de revenu réduit la pension d'un euro.

Ce plafond est recalculé chaque année civile sur la base des revenus déclarés. L'agent est tenu d'informer son service des pensions de toute reprise d'activité. Le silence est constitutif d'une fraude susceptible de donner lieu à répétition des sommes indûment perçues.

La durée d'assurance validée avant et après liquidation joue un rôle clé dans ces calculs — notre guide sur la durée d'assurance fonctionnaire permet d'en comprendre le décompte précis.

Nouvelles cotisations et nouveaux droits à pension

C'est la nouveauté la plus structurante de la réforme pour les agents en cumul plafonné. Jusqu'au 31 août 2023, les cotisations versées pendant la période de cumul n'ouvraient aucun droit supplémentaire : l'agent cotisait sans contrepartie. Depuis le 1er janvier 2024, ce principe est inversé.

Les cotisations salariales et patronales versées après la liquidation de la pension alimentent désormais un droit à pension supplémentaire, liquidable lors d'une seconde demande de retraite. Ce droit est calculé selon les règles du régime concerné :

  • Pour les fonctionnaires titulaires relevant du CPCMR ou de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), la pension supplémentaire est calculée sur la base des trimestres cotisés après la première liquidation et du traitement indiciaire correspondant.
  • Pour les agents non titulaires (contractuels) relevant du régime général et de l'Ircantec, les règles des régimes de droit commun s'appliquent.

Attention : ce droit supplémentaire ne peut être liquidé qu'une seule fois, à une date choisie par l'agent, et n'est pas automatique — il faut en faire la demande auprès du service des pensions compétent. La pension initiale, elle, continue d'être servie sans modification.

Pour les fonctionnaires titulaires, la pension supplémentaire s'ajoute à la pension initiale et est soumise aux mêmes règles d'indexation. Elle peut s'accompagner d'une surcote retraite fonctionnaire si les trimestres supplémentaires dépassent la durée d'assurance requise pour le taux plein.

La retraite progressive étendue aux fonctionnaires

La retraite progressive permet de percevoir une fraction de la pension tout en continuant à exercer une activité à temps partiel. Elle était jusqu'à présent inaccessible aux fonctionnaires titulaires. La réforme de 2023 l'a ouverte à partir du 1er septembre 2023, sous les conditions suivantes :

  • Être à deux ans au plus de l'âge légal de départ à la retraite.
  • Justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance tous régimes confondus.
  • Exercer une activité à temps partiel représentant entre 40 % et 80 % d'un temps plein.

La fraction de pension versée est calculée en proportion inverse du temps de travail : un agent travaillant à 60 % perçoit 40 % de sa pension théorique. Pendant cette période, il continue de cotiser sur la base de son traitement effectif, ce qui peut améliorer marginalement sa pension définitive.

Ce dispositif intéresse particulièrement les agents de catégorie active ou les cadres supérieurs dont la grille indiciaire fonction publique 2026 place le traitement en fin de carrière à un niveau élevé : réduire son temps de travail sans sacrifier entièrement ses revenus permet une transition progressive vers la retraite complète.

L'employeur doit accepter le passage à temps partiel — il ne peut pas le refuser sans motif tiré des nécessités de service, mais il n'est pas tenu de le proposer spontanément. La demande doit être formulée six mois avant la date souhaitée de mise en œuvre.

Cas pratiques : fonctionnaire, contractuel, employeur territorial

Cas 1 — Fonctionnaire titulaire en cumul intégral. Un agent de la filière technique d'une commune, partant à 64 ans avec le nombre de trimestres requis, liquide sa pension CNRACL. Il est aussitôt recruté par une commune voisine comme chargé de mission sur un projet de voirie. Depuis le 1er septembre 2023, il perçoit pension et rémunération sans plafond. L'employeur verse les cotisations habituelles ; l'agent peut demander la liquidation d'une pension supplémentaire à tout moment ultérieur.

Cas 2 — Fonctionnaire en cumul plafonné. Une infirmière hospitalière part à 59 ans en retraite anticipée pour carrière longue. Elle reprend une activité libérale. Ses revenus sont soumis au plafond correspondant à son dernier traitement brut d'activité à l'hôpital. Si ses honoraires dépassent le seuil, sa pension CNRACL est réduite d'autant. Mais les cotisations versées depuis janvier 2024 lui ouvrent des droits supplémentaires liquidables ultérieurement.

Cas 3 — Agent contractuel. Un agent contractuel de droit public relevant du régime général et de l'Ircantec liquide sa retraite à 64 ans avec taux plein. Il reprend un contrat dans une autre collectivité. Il bénéficie du cumul intégral côté régime général. Les règles applicables aux contractuels fonction publique 2026 encadrent par ailleurs la durée et les conditions de son nouveau contrat.

Cas 4 — Employeur territorial. Un service RH d'une intercommunalité recrute un directeur général des services retraité en cumul intégral. L'employeur est tenu de vérifier que le candidat remplit bien les conditions du cumul intégral avant signature du contrat, et de verser les cotisations patronales habituelles. Il doit également informer le service des pensions de la CNRACL de la reprise d'activité, même si aucun écrêtement n'est prévu.

Questions fréquentes sur le cumul emploi-retraite

Un fonctionnaire peut-il reprendre une activité chez son ancien employeur ?

Oui, depuis la réforme de 2023, il n'existe plus d'interdiction spécifique liée à l'identité de l'employeur, dès lors que les conditions du cumul intégral sont remplies. En cumul plafonné, la reprise chez l'ancien employeur est possible mais soumise au plafond de ressources.

Le plafond de cumul a-t-il été totalement supprimé ?

Non. Le plafond a été supprimé uniquement pour le cumul intégral (agent ayant atteint l'âge légal et liquidé sans décote). Le cumul plafonné subsiste pour tous les autres cas et fonctionne comme avant 2023, à la différence près que les cotisations versées ouvrent désormais de nouveaux droits.

Les trimestres cotisés après la retraite améliorent-ils vraiment la pension ?

Depuis le 1er janvier 2024, oui. Les cotisations versées après la liquidation initiale ouvrent droit à une pension supplémentaire, calculée selon les règles du régime. Cette pension supplémentaire est liquidée sur demande de l'agent, à une date qu'il choisit.

La retraite progressive est-elle de droit pour un fonctionnaire ?

Non. L'agent doit en faire la demande, et l'employeur peut la refuser pour nécessité de service. En cas de refus, l'employeur doit motiver sa décision. L'agent peut contester ce refus devant la juridiction administrative.

Un retraité en cumul doit-il déclarer ses revenus d'activité ?

Oui, systématiquement et chaque année. L'omission expose à un reversement des sommes perçues en trop, avec intérêts de retard. La déclaration doit être faite auprès du service gestionnaire de la pension (SRE pour les fonctionnaires d'État, CNRACL pour les agents territoriaux et hospitaliers).

La réforme de 2023 change-t-elle les règles pour les militaires ?

Les militaires relèvent du Code des pensions militaires de retraite, qui comporte des règles spécifiques. Les modifications introduites en 2023 s'y appliquent en partie, mais avec des modalités propres à ce statut. Il convient de consulter le Service des retraites de l'État (SRE) pour un calcul individualisé.

Ce qu'il faut retenir avant de reprendre une activité

La réforme du 14 avril 2023 a levé le principal frein au cumul emploi-retraite dans la fonction publique : le plafond de ressources disparaît pour ceux qui partent à l'âge légal avec taux plein, et les cotisations versées après liquidation ouvrent enfin de nouveaux droits. Ce sont deux avancées concrètes pour les agents qui souhaitent continuer à travailler après leur retraite, et pour les employeurs publics qui peinent à fidéliser des profils expérimentés.

Mais la réforme n'a pas tout simplifié. Le cumul plafonné subsiste pour les départs anticipés et les liquidations avec décote, et ses règles de calcul restent complexes. La retraite progressive, nouvelle pour les fonctionnaires, suppose l'accord de l'employeur et une planification à six mois minimum. Avant toute décision, il est recommandé de simuler sa situation auprès de la CNRACL ou du SRE, en intégrant les paramètres de taux plein retraite fonctionnaire et de durée d'assurance fonctionnaire applicables à sa génération.

Pour les agents qui envisagent de reprendre une activité dans le secteur public après leur retraite, les offres disponibles sur emploi public couvrent l'ensemble des filières et des collectivités territoriales.

Références : Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, JORF du 15 avril 2023 · Code des pensions civiles et militaires de retraite, articles L. 84 à L. 86-1 · Décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des agents des collectivités locales · DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique 2023 · Circulaire SRE/CNRACL relative à l'application des dispositions de la loi du 14 avril 2023 sur le cumul emploi-retraite, septembre 2023.

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