Pension de réversion fonctionnaire : droits du conjoint

Publié le 6 juin 2026

La pension de réversion fonctionnaire représente en 2024 l'une des principales garanties financières du statut de la fonction publique : elle assure au conjoint survivant une fraction de la retraite constituée par l'agent tout au long de sa carrière. Selon la Direction générale des finances publiques (DGFiP), environ 530 000 conjoints survivants perçoivent une pension de réversion servie par le Service des retraites de l'État (SRE) ou la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), pour un montant moyen proche de 1 100 euros nets mensuels (DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, édition 2023). Ce mécanisme, distinct du régime général de la Sécurité sociale, obéit à des règles propres que beaucoup d'agents — et leurs proches — méconnaissent.

Qui peut en bénéficier ? À quel taux ? Le remariage ou un nouveau partenariat suppriment-ils ce droit ? Et que se passe-t-il quand l'agent a cotisé à la fois dans le secteur public et dans le privé ? Cet article répond à ces questions avec précision, en distinguant les trois versants de la fonction publique et les situations les plus courantes rencontrées par les familles d'agents.

Sommaire

  1. Qu'est-ce que la pension de réversion dans la fonction publique ?
  2. Conditions d'attribution : ce que la loi exige vraiment
  3. Taux et calcul de la pension de réversion
  4. Différences entre FPE, FPT et FPH
  5. Cumul avec d'autres revenus et pensions
  6. Carrières mixtes public-privé : comment les droits s'articulent
  7. Comment demander la pension de réversion : démarche pratique
  8. Questions fréquentes sur la pension de réversion fonctionnaire
  9. Ce que retenir pour protéger votre conjoint

Qu'est-ce que la pension de réversion dans la fonction publique ?

Définition synthétique — La pension de réversion est une fraction de la pension de retraite d'un fonctionnaire titulaire, versée à son conjoint survivant après son décès. Elle est régie par le Code des pensions civiles et militaires de retraite (CPCMR) pour la Fonction publique de l'État (FPE) et le personnel de la Fonction publique hospitalière (FPH), et par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 pour les agents affiliés à la CNRACL (collectivités territoriales et établissements hospitaliers). Ce régime spécial de retraite est indépendant du régime général et présente des caractéristiques substantiellement différentes : pas de condition de ressources, pas d'âge minimum, mais des exigences strictes sur la qualité du bénéficiaire.

La distinction entre les deux dispositifs est essentielle. Dans le régime général de la Sécurité sociale, la réversion est soumise à une condition de ressources et à un âge minimum de 55 ans. Dans les régimes spéciaux de la fonction publique, aucune de ces deux contraintes n'existe — ce qui constitue un avantage comparatif significatif. En revanche, les conditions liées au lien matrimonial sont plus strictes, comme on le verra dans la section suivante.

Pour bien situer la pension de réversion dans l'architecture globale des droits à la retraite d'un fonctionnaire, il est utile de la lire en parallèle avec les mécanismes de durée d'assurance fonctionnaire qui conditionnent le calcul de la pension principale dont dépend directement le montant de la réversion.

Conditions d'attribution : ce que la loi exige vraiment

Les conditions d'ouverture du droit à la pension de réversion fonctionnaire sont au nombre de quatre. Elles s'appliquent cumulativement.

1. Être marié avec le fonctionnaire décédé

Le mariage est la condition sine qua non dans les régimes spéciaux de la fonction publique. Le Pacte civil de solidarité (PACS) et le concubinage n'ouvrent aucun droit à la réversion, ni dans la FPE, ni dans la FPT, ni dans la FPH. Cette règle, constamment confirmée par le Conseil d'État (CE, 28 juin 2002, n° 220361), tranche avec les évolutions du droit privé et constitue l'une des asymétries les plus importantes entre régimes public et privé — le régime général ayant aligné depuis 2009 la situation des partenaires sur celle des concubins pour certaines prestations, mais jamais pour la réversion.

La durée du mariage n'est pas une condition légale en soi, mais le mariage doit avoir été contracté avant le décès. Un mariage célébré alors que l'agent était déjà en arrêt maladie de longue durée peut faire l'objet d'un contrôle de l'administration, notamment au regard de la fraude.

2. Ne pas s'être remarié (sous conditions)

Le remariage ou la conclusion d'un PACS après le décès du fonctionnaire entraîne la suppression de la pension de réversion dans les régimes de la fonction publique. Cette règle, inscrite à l'article L. 46 du CPCMR, est plus restrictive que celle du régime général, qui permet depuis 2004 de cumuler réversion et nouveau mariage.

Attention : si le nouveau conjoint ou partenaire décède lui aussi, le droit à la réversion du premier fonctionnaire décédé ne renaît pas. La perte est définitive.

3. Aucune condition d'âge ni de ressources

C'est l'avantage distinctif des régimes spéciaux. Le conjoint survivant peut percevoir la pension de réversion dès le lendemain du décès, quel que soit son âge — y compris à 25 ans — et quels que soient ses revenus. Cette caractéristique rend le dispositif particulièrement protecteur pour les familles d'agents qui décèdent prématurément, avant la liquidation de leur retraite.

4. Le fonctionnaire devait remplir les conditions minimales de service

Dans la FPE, la pension de réversion est due dès lors que l'agent avait accompli au moins deux ans de services civils ou militaires (art. L. 38 CPCMR). Pour les agents affiliés à la CNRACL, la condition est identique (deux ans de services). Si l'agent décède avant ce seuil, aucune pension de réversion n'est versée, mais d'autres prestations (capital décès, allocation) peuvent s'appliquer.

Taux et calcul de la pension de réversion

Le taux de la pension de réversion dans la fonction publique est fixé à 50 % de la pension obtenue ou que l'agent aurait obtenue au jour de son décès. Ce taux est uniforme dans les trois versants de la fonction publique.

Base de calcul selon la situation du fonctionnaire au moment du décès

Deux cas se distinguent :

  • Fonctionnaire déjà retraité : la réversion est calculée sur la pension principale effectivement liquidée, hors majoration pour enfants. Le taux de 50 % s'applique à cette base brute.
  • Fonctionnaire décédé en activité : la pension est reconstituée fictive — on calcule la pension à laquelle l'agent aurait eu droit à la date du décès, avec les annuités réellement accomplies. Des règles de décote retraite fonctionnaire ou de surcote retraite fonctionnaire ne s'appliquent pas dans ce calcul fictif, l'agent n'ayant pas choisi son départ.

Majoration pour enfants

Si le couple a eu trois enfants ou plus, une majoration de 10 % de la pension principale est appliquée avant le calcul de la réversion (art. L. 18 CPCMR). Cette majoration bénéficie donc indirectement au conjoint survivant via la base de calcul.

Partage entre plusieurs conjoints survivants

Lorsque le fonctionnaire décédé a été marié successivement à plusieurs personnes — toutes remplissant les conditions — la pension de réversion est partagée au prorata de la durée respective de chaque mariage. Ce partage est de droit et ne nécessite pas d'accord entre les parties.

Exemple : un fonctionnaire a été marié 12 ans avec un premier conjoint (survivant) et 8 ans avec un second conjoint (survivant). La réversion totale de 50 % est répartie à hauteur de 60 % (12/20) pour le premier et 40 % (8/20) pour le second.

Différences entre FPE, FPT et FPH

Si les principes fondamentaux (taux de 50 %, absence de condition de ressources et d'âge) sont communs aux trois versants, des différences existent dans la gestion et certaines modalités.

Fonction publique de l'État (FPE)

La caisse gestionnaire est le Service des retraites de l'État (SRE), rattaché à la DGFiP. Le cadre légal est le Code des pensions civiles et militaires de retraite. Les fonctionnaires de l'État incluent les enseignants, les magistrats, les agents des ministères, les militaires.

Fonction publique territoriale (FPT)

Les agents titulaires des collectivités territoriales (communes, départements, régions, EPCI) sont affiliés à la CNRACL. Les agents contractuels des collectivités relèvent quant à eux de l'IRCANTEC (régime complémentaire) et du régime général — leurs droits à réversion suivent donc les règles du régime général. Sur ce point, l'article consacré au contractuel fonction publique 2026 apporte des précisions utiles sur le statut et les droits sociaux de cette catégorie d'agents.

Pour les recruteurs et DRH des collectivités, la compréhension de ces droits différenciés est un enjeu d'attractivité réel sur les postes en emploi territorial.

Fonction publique hospitalière (FPH)

Les agents titulaires hospitaliers sont également affiliés à la CNRACL. Les règles applicables sont donc identiques à celles de la FPT pour les titulaires. La FPH présente cependant une particularité : une proportion significative de ses agents (aides-soignants, agents des services hospitaliers) effectuent des carrières comportant des périodes de temps partiel ou d'interruption, ce qui peut affecter la base de calcul de la pension principale et, par ricochet, le montant de la réversion.

Cumul avec d'autres revenus et pensions

L'absence de condition de ressources ne signifie pas l'absence de toute règle de cumul. Deux situations méritent d'être distinguées.

Cumul avec une activité professionnelle ou une retraite personnelle

La pension de réversion fonctionnaire est librement cumulable avec les revenus d'activité ou la pension de retraite personnelle du conjoint survivant, sans plafond ni limitation. C'est une différence majeure avec le régime général, qui applique un plafond de ressources. Un conjoint survivant fonctionnaire lui-même peut donc percevoir simultanément sa propre retraite et la réversion de son époux décédé, sans aucune réduction.

Pour les agents qui envisagent de travailler après leur départ à la retraite, le guide sur le cumul emploi-retraite fonction publique détaille les règles applicables de leur vivant — règles qui n'affectent pas le calcul de la réversion future.

Cumul avec d'autres pensions de réversion

Un conjoint survivant peut cumuler une pension de réversion versée par la CNRACL (ou le SRE) avec une pension de réversion versée par le régime général ou l'AGIRC-ARRCO, si le fonctionnaire décédé avait travaillé dans les deux secteurs. Ce cumul est de droit et ne fait l'objet d'aucun plafonnement global entre régimes.

Pension d'orphelin

Les enfants à charge du fonctionnaire décédé peuvent bénéficier d'une pension d'orphelin, distincte de la pension de réversion. Cette pension, servie jusqu'aux 21 ans de l'enfant, est égale à 10 % de la pension du fonctionnaire par enfant, dans la limite de 100 % de ladite pension. Elle se cumule avec la réversion versée au conjoint survivant.

Carrières mixtes public-privé : comment les droits s'articulent

De nombreux agents ont eu des carrières mixtes : quelques années dans le secteur privé avant l'entrée dans la fonction publique, des périodes de détachement auprès d'organismes privés, ou une titularisation tardive après des années de contrat. Dans ces configurations, les droits à réversion se fragmentent entre plusieurs régimes.

Principe de la coordination entre régimes

Chaque caisse verse sa part de réversion calculée sur les droits acquis en son sein. Il n'existe pas de caisse coordinatrice unique. Le conjoint survivant doit donc effectuer des demandes séparées auprès de chaque caisse concernée : SRE ou CNRACL pour la part publique, CNAV pour la part régime général, AGIRC-ARRCO pour la part complémentaire.

Impact du rachat de trimestres

Si le fonctionnaire avait procédé à un rachat de trimestres fonctionnaire pour améliorer sa pension, ces trimestres rachetés entrent dans la base de calcul de la pension principale et bénéficient donc au conjoint survivant via la réversion. L'investissement consenti par l'agent pendant sa carrière active produit ainsi un effet protecteur post-mortem.

Cas des agents ayant bénéficié d'un départ anticipé

La réforme des retraites de 2023 (loi n° 2023-270 du 14 avril 2023) a modifié les conditions de départ à la retraite, notamment l'âge légal. Pour une vision complète des paramètres actuels de liquidation, l'article sur la retraite fonctionnaire 2026 présente les règles en vigueur. Ces paramètres influencent le montant de la pension liquidée et, par conséquent, le montant de la réversion future. La grille indiciaire fonction publique 2026 détermine quant à elle l'indice de traitement de référence qui sert de base au calcul de la pension principale.

Comment demander la pension de réversion : démarche pratique

La pension de réversion n'est pas versée automatiquement. Le conjoint survivant doit en faire la demande, et la constitution du dossier nécessite des documents précis.

Auprès de quelle caisse s'adresser ?

  • FPE (SRE) : demande à adresser au Service des retraites de l'État, via le portail numérique ensap.gouv.fr ou par courrier au SRE (Nantes).
  • FPT et FPH (CNRACL) : demande à adresser à la CNRACL, gérée par la Caisse des dépôts, via le portail cnracl.fr.

Documents à fournir

  • Acte de décès du fonctionnaire
  • Acte de mariage (ou livret de famille)
  • Pièce d'identité du conjoint demandeur
  • Relevé d'identité bancaire (RIB)
  • Attestation sur l'honneur de non-remariage et de non-PACS
  • Le cas échéant : actes de naissance des enfants à charge pour la pension d'orphelin

Délais et point de départ

La pension de réversion prend effet au premier jour du mois suivant le décès, sans délai de carence. Le délai d'instruction est généralement de deux à quatre mois. Le versement est rétroactif à la date d'effet si la demande est déposée dans les douze mois suivant le décès. Au-delà de ce délai, la pension prend effet au premier jour du mois suivant le dépôt de la demande — les arriérés sont perdus.

Questions fréquentes sur la pension de réversion fonctionnaire

Un partenaire de PACS peut-il percevoir la réversion d'un fonctionnaire ?

Non. Dans tous les régimes spéciaux de la fonction publique (SRE, CNRACL), seul le conjoint marié ouvre droit à la pension de réversion. Le PACS et le concubinage sont explicitement exclus par les textes statutaires.

La réversion est-elle versée si le fonctionnaire décède avant d'avoir liquidé sa retraite ?

Oui, sous réserve d'avoir accompli au moins deux ans de services. La pension est alors calculée sur une base fictive correspondant à la pension que l'agent aurait perçue à la date du décès.

La réversion est-elle imposable ?

Oui. La pension de réversion est soumise à l'impôt sur le revenu dans les mêmes conditions qu'une pension de retraite ordinaire. Elle entre dans la déclaration de revenus du conjoint survivant. Des abattements spécifiques aux pensions (10 %, plafonné) s'appliquent.

Que se passe-t-il si le fonctionnaire avait divorcé avant son décès ?

L'ex-conjoint divorcé ne perçoit aucune pension de réversion dans les régimes spéciaux de la fonction publique, contrairement au régime général où l'ex-conjoint non remarié peut en bénéficier. Seul le conjoint marié au moment du décès — ou les conjoints successifs non divorcés — peut prétendre à la réversion.

Le montant de la réversion peut-il évoluer après sa mise en paiement ?

Oui. La pension de réversion est revalorisée chaque année selon le même mécanisme que les pensions de retraite des fonctionnaires, par décret en Conseil d'État. Elle suit donc l'évolution du point d'indice pour sa composante principale.

Un fonctionnaire contractuel bénéficie-t-il du même régime de réversion ?

Non. Les agents contractuels relèvent du régime général (CNAV) et de l'IRCANTEC pour la retraite complémentaire. Leurs conjoints survivants bénéficient des règles de réversion du régime général, avec condition d'âge (55 ans) et plafond de ressources. Le régime spécial de la CNRACL ou du SRE ne s'applique qu'aux fonctionnaires titulaires.

Ce que retenir pour protéger votre conjoint

La pension de réversion fonctionnaire offre une protection substantielle au conjoint survivant : taux fixe de 50 %, aucune condition d'âge, aucune condition de ressources, cumul libre avec toute autre pension ou revenu. Ces avantages par rapport au régime général sont réels et constituent l'un des éléments tangibles du modèle statutaire. Ils ont cependant une contrepartie : l'exigence exclusive du mariage, qui exclut les partenaires de PACS et les concubins, et la perte définitive du droit en cas de remariage.

Pour les agents en activité, anticiper ce sujet dès la constitution de sa carrière — en vérifiant ses droits acquis, en optimisant sa durée d'assurance, en évaluant l'intérêt d'un rachat de trimestres — c'est aussi préparer la protection financière de ses proches. Pour les DRH et les services RH des collectivités, intégrer ces éléments dans l'information délivrée aux agents est un levier d'attractivité et de fidélisation, notamment sur les postes en tension. Retrouvez toutes les offres disponibles sur emploi public.

Références : Code des pensions civiles et militaires de retraite (CPCMR), notamment articles L. 38 à L. 50 · Décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la CNRACL · DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, édition 2023 · Conseil d'État, 28 juin 2002, n° 220361 · Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023.

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