Baromètre attractivité emploi public 2026 : les attentes

Publié le 24 août 2026

Selon le rapport annuel sur l'état de la fonction publique publié par la Direction Générale de l'Administration et de la Fonction Publique (DGAFP) en 2024, les trois versants de la fonction publique comptent près de 5,7 millions d'agents — soit environ 20 % de l'emploi salarié en France. Pourtant, les employeurs publics peinent à recruter : postes non pourvus au concours, délais d'embauche allongés, démissions en hausse dans certains corps. Le baromètre attractivité public 2026 dresse un tableau contrasté d'un secteur qui dispose d'atouts réels mais qui ne sait pas toujours les mettre en valeur face à des candidats mieux informés et plus exigeants qu'auparavant.

Qu'est-ce qui retient vraiment un candidat qualifié de postuler dans le secteur public plutôt que dans le privé ? Le salaire est-il encore le seul frein, ou d'autres facteurs pèsent-ils désormais davantage dans la décision ? Et surtout, que doivent changer les employeurs publics pour rester compétitifs sur un marché du travail qui ne leur accorde plus d'avantage par défaut ? Cet article synthétise les grandes tendances du baromètre attractivité emploi public 2026, en croisant données statistiques, signaux qualitatifs et implications concrètes pour les recruteurs comme pour les candidats.

Sommaire

  1. Ce que mesure un baromètre d'attractivité du secteur public
  2. Le salaire : frein réel mais pas unique
  3. Le sens du travail et la mission : le premier critère de 2026
  4. Télétravail et conditions de travail : l'arbitrage quotidien
  5. Parcours, mobilité et perspectives : les candidats veulent voir loin
  6. Marque employeur publique : l'écart entre réputation et réalité
  7. Transformation numérique et IA : signal émergent pour les profils qualifiés
  8. Ce que les employeurs publics doivent changer concrètement
  9. Questions fréquentes
  10. Lire le baromètre comme un outil de pilotage, pas comme un constat

Ce que mesure un baromètre d'attractivité du secteur public

Définition synthétique — Un baromètre d'attractivité du secteur public mesure l'ensemble des facteurs qui influencent la décision d'un candidat de postuler, d'accepter un poste ou de rester dans la fonction publique. Il croise les perceptions des candidats potentiels, les comportements observés (taux de candidatures, abandons en cours de concours, démissions) et les données objectives sur les conditions d'emploi.

En 2026, plusieurs sources alimentent cette photographie : le baromètre annuel de la DGAFP sur les perceptions du service public, les enquêtes du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) sur les métiers en tension, les données de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) sur la mobilité intersectorielle, et les signaux collectés par les plateformes d'offres d'emploi collectivité. L'intérêt de croiser ces sources est d'éviter le biais d'une enquête déclarative unique : ce que les candidats disent vouloir ne correspond pas toujours à ce qu'ils font réellement.

Le baromètre 2026 confirme une tendance amorcée depuis 2021 : l'attractivité du secteur public ne se dégrade pas uniformément. Elle se fragmente. Certains employeurs publics — notamment les grandes métropoles, les établissements hospitaliers universitaires, certains ministères numériques — maintiennent un niveau d'attractivité élevé. D'autres, en particulier les petites collectivités rurales et certains établissements médico-sociaux, font face à des difficultés de recrutement structurelles qui ne se résorberont pas sans action délibérée.

Le salaire : frein réel mais pas unique

Le différentiel de rémunération entre public et privé est documenté depuis des décennies. La DGAFP indique dans son rapport 2024 que le salaire net moyen dans la fonction publique de l'État s'établit à environ 2 650 euros mensuels, contre 2 900 euros dans le secteur privé pour des niveaux de qualification comparables — avec des écarts qui se creusent fortement sur les profils bac+5 en informatique, ingénierie ou finance.

Cependant, réduire le problème d'attractivité à la seule question salariale serait inexact. Plusieurs enquêtes menées auprès de candidats en mobilité intersectorielle montrent que le salaire n'est cité comme critère déterminant que par 38 à 42 % des répondants lorsqu'il s'agit d'expliquer un refus d'offre dans le public — les autres facteurs (perspectives de carrière, conditions de travail, management) pesant collectivement plus lourd. Le salaire est un filtre d'entrée : en dessous d'un seuil, il élimine candidature. Au-dessus, il ne suffit plus à convaincre.

La revalorisation du point d'indice de 1,5 % en 2023, après des années de gel, a partiellement réduit l'écart sur les bas de grille. Mais pour les cadres A+, ingénieurs territoriaux ou directeurs d'établissements de santé, l'écart reste substantiel. Les employeurs publics qui ont compris cela compensent par des éléments non-salariaux : Régime Indemnitaire tenant compte des Fonctions, des Sujétions, de l'Expertise et de l'Engagement Professionnel (RIFSEEP) bien calibré, avantages en nature, souplesse organisationnelle.

Le sens du travail et la mission : le premier critère de 2026

Le baromètre 2026 confirme ce que les éditions précédentes esquissaient : l'utilité perçue du travail est devenue le premier critère d'attractivité du secteur public pour les moins de 40 ans. Dans les enquêtes d'intention, 67 % des candidats déclarent que « contribuer à l'intérêt général » est un motif important dans leur choix d'un employeur public — un chiffre en hausse de 9 points par rapport à 2020 (DGAFP, 2024).

Cette donnée est encourageante pour les employeurs publics, mais elle s'accompagne d'une exigence nouvelle : les candidats ne se contentent plus d'une promesse abstraite de service public. Ils veulent comprendre concrètement en quoi leur poste contribue à un résultat tangible pour la population. Les offres d'emploi qui décrivent uniquement des tâches administratives sans rattacher le poste à un impact mesurable perdent des candidats qui auraient pourtant été motivés par la mission.

Cette évolution des attentes renforce l'importance d'une réflexion approfondie sur l'attractivité de la fonction publique territoriale comme enjeu de marque employeur — et pas seulement comme question de ressources humaines opérationnelle. Les collectivités qui savent narrer leur projet de territoire, leur impact social et environnemental, leurs innovations de service attirent davantage de candidats à profil identique.

Télétravail et conditions de travail : l'arbitrage quotidien

Le télétravail est devenu un critère de sélection d'offres d'emploi à part entière. Selon une enquête Randstad Employer Brand Research 2024, 74 % des actifs français considèrent la flexibilité du travail comme un facteur important dans le choix d'un employeur — et ce chiffre monte à 81 % chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, catégorie fortement représentée dans les recrutements de la catégorie A de la fonction publique.

La fonction publique a formalisé le télétravail dans la fonction publique par le décret du 5 mai 2020, permettant jusqu'à trois jours par semaine dans la plupart des corps. Mais l'application sur le terrain reste hétérogène : certaines directions refusent encore le télétravail de facto, d'autres l'ont pleinement intégré dans leur organisation. Cette hétérogénéité est perçue négativement par les candidats, qui interprètent l'absence de politique claire comme un signal de management défaillant.

Au-delà du télétravail, les conditions de travail au sens large — qualité des locaux, équipements informatiques, charge de travail réelle, management de proximité — pèsent dans la décision. La qualité de vie au travail (QVT) dans la fonction publique est un levier d'attractivité directement corrélé à l'absentéisme dans la fonction publique : les structures où les indicateurs QVT sont dégradés enregistrent à la fois plus d'absences et plus de difficultés de recrutement, dans un cercle qui s'auto-entretient.

Parcours, mobilité et perspectives : les candidats veulent voir loin

La sécurité de l'emploi reste un atout du secteur public — mais elle est de moins en moins suffisante comme argument de recrutement. Le baromètre 2026 révèle que les candidats, en particulier ceux issus du secteur privé ou des nouvelles générations d'actifs, hiérarchisent différemment : ils souhaitent de la sécurité, mais couplée à des perspectives d'évolution claires et à de la mobilité géographique et fonctionnelle réelle.

Or, la mobilité interne dans la fonction publique souffre d'une réputation mitigée. Les procédures de mutation restent complexes, les délais longs, et la reconnaissance des acquis d'expérience du privé imparfaite. Les candidats qui ont consulté des forums ou échangé avec des agents en poste avant de postuler arrivent avec une représentation souvent plus précise — et parfois plus sombre — de ces réalités que les employeurs ne l'anticipent.

Pour les agents de la fonction publique territoriale, la question de la progression de carrière est particulièrement sensible dans les petites structures, où les débouchés internes sont limités. C'est pourquoi les stratégies de fidélisation des agents de la fonction publique qui fonctionnent combinent souvent développement des compétences, projets transversaux et accompagnement à la mobilité externe choisie — plutôt que la seule promesse de stabilité.

Marque employeur publique : l'écart entre réputation et réalité

L'un des enseignements les plus saillants du baromètre attractivité public 2026 est ce que l'on pourrait appeler l'écart de réputation : la perception externe du secteur public est souvent plus négative que l'expérience vécue par ceux qui y travaillent. Une étude IFOP pour la DGAFP (2023) montre que 61 % des agents publics se déclarent satisfaits de leur travail — un taux comparable au secteur privé. Mais cette satisfaction interne se diffuse mal vers l'extérieur.

Cet écart est un problème de communication autant que de fond. Les employeurs publics qui investissent dans leur marque employeur — témoignages d'agents, vidéos de présentation de missions, transparence sur les conditions de travail réelles — réduisent cet écart et améliorent le volume et la qualité de leurs candidatures. À l'inverse, les structures qui se contentent d'offres d'emploi administrativement correctes mais éditoralement neutres subissent un désavantage croissant.

Le turnover dans les collectivités territoriales est un indicateur indirect de cet écart : lorsque la réalité du poste déçoit les attentes créées par le recrutement, les agents partent plus tôt. Réduire le turnover passe donc aussi par une communication de recrutement plus honnête sur les contraintes réelles du poste — et pas seulement sur ses attraits.

Transformation numérique et IA : signal émergent pour les profils qualifiés

Le baromètre 2026 enregistre un signal nouveau par rapport aux éditions précédentes : pour les profils qualifiés en data, numérique et ingénierie, la capacité d'un employeur public à porter des projets de transformation technologique devient un critère d'attractivité à part entière. Ces candidats ne rejoignent pas le secteur public malgré l'écart salarial — ils le rejoignent parce qu'ils y voient des projets à impact et à échelle que peu d'entreprises privées peuvent offrir.

Le développement de l'intelligence artificielle au cœur des territoires illustre cette dynamique : les collectivités et établissements publics qui engagent des projets de modernisation des services locaux par l'IA attirent des ingénieurs et data scientists qui auraient, il y a cinq ans, exclusivement regardé vers les grandes entreprises technologiques privées.

Ce signal est encore minoritaire en volume — les profils numériques ne représentent qu'une fraction des recrutements publics annuels — mais il est stratégiquement important : ce sont précisément ces profils dont la fonction publique aura le plus besoin dans les dix prochaines années pour moderniser ses services, et dont le déficit de recrutement est aujourd'hui le plus critique.

Ce que les employeurs publics doivent changer concrètement

La lecture combinée des signaux du baromètre attractivité public 2026 dessine cinq axes d'action prioritaires pour les employeurs publics :

  • Retravailler les offres d'emploi — une offre qui ne dit pas en quoi le poste contribue concrètement à la mission de service public perd des candidats motivés par l'impact. L'intitulé, l'accroche et les missions doivent parler à un lecteur externe, pas seulement à un jury administratif.
  • Formaliser et communiquer la politique de télétravail — l'absence d'information sur ce point dans une offre est interprétée négativement par défaut. Mentionner explicitement les modalités de télétravail disponibles augmente le taux de candidature sur les postes concernés.
  • Investir dans les conditions de travail avant de recruter — recruter sur un poste dont les conditions dégradent rapidement les agents amplifie le problème plutôt qu'il ne le résout. Les indicateurs QVT et absentéisme doivent être traités en amont du recrutement.
  • Construire une trajectoire de carrière visible dès l'onboarding — les agents qui savent où ils peuvent aller restent plus longtemps. Un entretien de positionnement à six mois, un plan de formation individualisé, une information claire sur les voies de mobilité interne et externe réduisent le turnover précoce.
  • Mesurer l'attractivité comme on mesure la performance — taux de candidatures par poste, délai moyen de pourvoi, taux d'abandon en cours de recrutement, satisfaction à l'entrée en poste : ces indicateurs permettent de piloter l'attractivité plutôt que de la subir.

Questions fréquentes sur le baromètre attractivité public 2026

Quels sont les métiers les plus en tension dans la fonction publique en 2026 ?

Les métiers les plus en tension concernent les professions médicales et paramédicales dans la fonction publique hospitalière (infirmiers, médecins spécialistes), les filières techniques dans la fonction publique territoriale (ingénieurs, techniciens de voirie et réseaux), et les profils numériques (data, cybersécurité, développement) dans les trois versants. Ces tensions sont documentées dans les rapports annuels du CNFPT et de la DGAFP.

Le concours est-il perçu comme un frein à l'attractivité ?

Oui, pour une partie des candidats. La longueur des procédures de concours et l'incertitude sur les délais de prise de poste sont citées comme facteurs dissuasifs dans plusieurs enquêtes. Le développement du recrutement contractuel (contrats de projet, contrats à durée indéterminée sur des emplois fonctionnels) répond partiellement à cette attente, mais modifie aussi la culture du recrutement dans des structures qui n'y étaient pas préparées.

Comment les petites collectivités peuvent-elles rivaliser avec les grandes métropoles en matière d'attractivité ?

En jouant sur des leviers spécifiques : qualité de vie locale, proximité managériale, variété des missions dans de petites équipes, engagement de développement professionnel. Plusieurs études montrent que des candidats à profil équivalent choisissent une petite structure publique pour des raisons de cadre de vie ou d'autonomie professionnelle — à condition que l'employeur soit capable de le valoriser clairement dans sa communication de recrutement.

L'attractivité du secteur public se dégrade-t-elle vraiment ?

Elle se fragmente plutôt qu'elle ne se dégrade uniformément. Certains employeurs publics maintiennent une attractivité forte, d'autres se fragilisent. La tendance de fond est une exigence croissante des candidats — qui, mieux informés sur leurs droits et alternatives, acceptent moins facilement des conditions de travail ou de management qu'une génération précédente aurait tolérées. Ce n'est pas une dégradation du secteur : c'est une hausse des standards d'exigence sur le marché du travail dans son ensemble.

Lire le baromètre comme un outil de pilotage, pas comme un constat

Le baromètre attractivité public 2026 ne livre pas une sentence définitive sur le secteur public. Il cartographie des écarts — entre ce que les candidats attendent et ce que les employeurs proposent, entre la réputation externe du secteur et l'expérience interne des agents, entre les discours sur la modernisation et les pratiques RH quotidiennes. Ces écarts sont des leviers : là où ils sont réduits, l'attractivité se rétablit. Là où ils persistent faute d'attention ou de moyens, les difficultés de recrutement s'installent durablement.

Pour les candidats qui envisagent de rejoindre le service public, ce baromètre rappelle que le secteur est pluriel : un poste dans une direction de l'innovation d'une grande métropole et un poste d'adjoint administratif dans une commune de 3 000 habitants relèvent du même cadre statutaire mais d'univers professionnels très différents. Prendre le temps d'explorer la réalité concrète d'un employeur, au-delà de l'étiquette générique « fonction publique », reste la meilleure approche. Explorez les opportunités disponibles sur emploi service public.

Références : Direction Générale de l'Administration et de la Fonction Publique (DGAFP), Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, 2024 · DGAFP / IFOP, Baromètre de perception de la fonction publique, 2023 · Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT), Observatoire des métiers et des compétences, 2024 · Randstad, Employer Brand Research France, 2024 · INSEE, Emploi et salaires dans la fonction publique, 2023.

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