Retraite à 62 ans fonctionnaire : encore possible en 2025 ?
Publié le 6 juin 2026
Retraite à 62 ans pour les fonctionnaires : encore possible ou définitivement révolu ?
Depuis le 1er septembre 2023, l'âge légal de départ à la retraite dans la fonction publique a été relevé de 62 à 64 ans pour les agents relevant du régime général, et les bornes d'âge applicables aux fonctionnaires ont été relevées dans les mêmes proportions (décret n° 2023-435 du 3 juin 2023). Pour la majorité des agents publics nés à partir de 1968, partir à 62 ans n'est plus une option de droit commun. Pourtant, plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires conservent encore, sous conditions précises, la possibilité d'un départ avant 64 ans — parfois dès 52 ou 57 ans pour les catégories actives, parfois dès 60 ans pour les carrières longues.
Qui peut encore partir à 62 ans ? Les règles applicables aux catégories actives ont-elles vraiment été préservées ? Que reste-t-il du dispositif carrière longue pour les agents publics ? Cet article répond à ces questions en distinguant les situations réelles, les conditions exactes à remplir et les pièges à éviter dans un paysage réglementaire qui a profondément changé en deux ans.
Sommaire
- L'âge légal de retraite des fonctionnaires après la réforme de 2023
- Catégorie active : le seul cas où 62 ans reste la norme
- Carrière longue : partir à 60 ou 62 ans sous conditions
- Les autres départs anticipés : handicap, invalidité, parent de trois enfants
- Partir à 62 ans et obtenir le taux plein : est-ce compatible ?
- Le cas des agents contractuels : des règles différentes
- Calendrier de montée en charge : qui est concerné et quand ?
- Questions fréquentes sur le départ à la retraite à 62 ans
- Ce que retenir avant de prendre une décision
L'âge légal de retraite des fonctionnaires après la réforme de 2023
Définition synthétique — L'âge légal de départ à la retraite correspond à l'âge minimal à partir duquel un agent peut liquider sa pension, sous réserve de réunir les conditions de durée de cotisation. Depuis la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, cet âge est relevé progressivement de 62 à 64 ans pour les fonctionnaires sédentaires (catégorie B dite « sédentaire »), avec un rythme de trois mois par génération à compter des assurés nés le 1er septembre 1961.
Concrètement, un fonctionnaire né en 1961 (avant le 1er septembre) n'est pas concerné par le relèvement et conserve 62 ans comme âge légal. Un agent né après le 1er septembre 1961 subit le décalage progressif. Pour les fonctionnaires nés en 1968 et après, l'âge légal atteint sa cible de 64 ans. Entre ces deux bornes, chaque génération intermédiaire se voit appliquer un âge légal spécifique : 62 ans et 3 mois pour les nés entre le 1er septembre et le 31 décembre 1961, 62 ans et 6 mois pour 1962, 63 ans pour 1963, etc.
Ce relèvement s'applique également, avec un décalage de deux ans, aux bornes d'âge des fonctionnaires de catégorie active. Pour comprendre l'ensemble des paramètres de la retraite fonctionnaire 2026, il est utile de consulter le détail des règles applicables génération par génération.
La réforme retraite 2023 fonction publique a ainsi mis fin, pour la grande majorité des agents sédentaires, à la possibilité de partir à 62 ans. Mais deux grandes familles d'exceptions subsistent : la catégorie active et le dispositif carrière longue.
Catégorie active : le seul cas où 62 ans reste la norme
Définition synthétique — La catégorie active regroupe les emplois de la fonction publique présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles, reconnus comme tels par décret. Les fonctionnaires relevant de cette catégorie bénéficient d'une bonification d'annuités et d'un âge d'ouverture des droits réduit de cinq ans par rapport aux agents sédentaires.
Avant la réforme, les agents actifs pouvaient partir dès 57 ans (contre 62 ans pour les sédentaires). Depuis 2023, l'âge d'ouverture des droits des actifs a été relevé de deux ans, passant progressivement de 57 à 59 ans, avec le même calendrier par génération. En pratique :
- Les agents de catégorie active nés avant le 1er septembre 1961 conservent 57 ans comme âge minimal.
- Ceux nés entre le 1er septembre 1961 et le 31 décembre 1967 relèvent d'un âge intermédiaire compris entre 57 ans et quelques mois et 59 ans.
- Ceux nés à partir de 1968 partent au plus tôt à 59 ans.
Une sous-catégorie spécifique — dite « insalubre » ou « super-active » — concerne les agents dont les conditions de travail sont encore plus pénibles (égoutiers, aides-soignants de certains services, pompiers professionnels dans certains grades). Leur âge minimal était fixé à 52 ans avant la réforme et remonte progressivement à 54 ans.
La notion de catégorie active est donc liée à la nature du poste occupé pendant au moins quinze ans (dix-sept ans pour les policiers), et non au statut général de l'agent. Un fonctionnaire qui a occupé un emploi actif pendant moins de quinze ans ne peut pas bénéficier de l'âge abaissé.
Résultat concret : un fonctionnaire de catégorie active né en 1963 peut partir à 57 ans et 6 mois, soit bien avant 62 ans. À l'inverse, un agent né en 1966 en catégorie active part au plus tôt à 58 ans et 6 mois — toujours avant 62 ans, mais plus à 57 ans pile. Dans tous les cas de figure, pour cette population, 62 ans n'est pas la limite basse mais une option tardive.
Carrière longue : partir à 60 ou 62 ans sous conditions
Définition synthétique — Le dispositif carrière longue permet à un fonctionnaire ayant commencé à travailler tôt de partir avant l'âge légal de droit commun, sous réserve d'avoir cotisé un nombre de trimestres supérieur à la durée requise pour le taux plein et d'avoir débuté sa carrière avant un certain âge.
Depuis la réforme de 2023, le dispositif carrière longue a été remanié. Il prévoit désormais quatre seuils de départ anticipé, définis par le décret n° 2023-436 du 3 juin 2023 :
- Départ à 58 ans : pour les agents ayant commencé à travailler avant 16 ans et justifiant de cinq trimestres cotisés avant cet âge, avec une durée totale de cotisation majorée de deux ans par rapport au taux plein.
- Départ à 60 ans : pour les agents ayant débuté avant 18 ans, avec cinq trimestres cotisés avant 18 ans et une durée totale majorée d'un an par rapport au taux plein.
- Départ à 62 ans : pour les agents ayant commencé avant 20 ans, avec cinq trimestres cotisés avant 20 ans et une durée totale égale à celle requise pour le taux plein, augmentée d'un an.
- Départ à 63 ans : pour les agents ayant débuté avant 21 ans, avec cinq trimestres cotisés avant 21 ans et une durée totale de cotisation requise pour le taux plein majorée d'un an.
Le seuil à 62 ans dans ce dispositif concerne donc les agents ayant commencé à travailler avant leurs 20 ans — typiquement des agents entrés dans la fonction publique à 19 ans sans avoir fait d'études longues. En pratique, cela peut concerner des adjoints administratifs ou techniques ayant passé un concours de catégorie C rapidement après le brevet ou un CAP.
Attention : dans la fonction publique, les trimestres « cotisés » au sens de la carrière longue sont calculés selon les règles de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) pour les agents territoriaux et hospitaliers, ou du Service des retraites de l'État (SRE) pour les agents de l'État. Les trimestres de validation de service ne se confondent pas toujours avec les trimestres cotisés au sens strict. Pour les agents affiliés à la CNRACL, les règles CNRACL 2026 précisent les modalités de décompte.
Les autres départs anticipés : handicap, invalidité, parent de trois enfants
Au-delà de la catégorie active et de la carrière longue, d'autres dispositifs permettent un départ avant 64 ans — parfois avant 62 ans — dans des situations spécifiques.
Retraite anticipée pour handicap. Un fonctionnaire reconnu handicapé (taux d'incapacité permanente d'au moins 50 %) peut partir avant l'âge légal à partir de 55 ans, sous réserve d'avoir cotisé un nombre de trimestres requis avec ce handicap. Ce dispositif n'a pas été remis en cause par la réforme de 2023.
Mise à la retraite pour invalidité. Un fonctionnaire reconnu définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions peut être mis à la retraite pour invalidité, sans condition d'âge. Cette retraite est liquidée sans décote, quel que soit le nombre de trimestres validés.
Départ anticipé pour parent de trois enfants. Ce dispositif, longtemps applicable aux fonctionnaires ayant interrompu leur carrière pour élever trois enfants ou plus, a été supprimé par la réforme de 2023 pour les nouveaux liquidants à compter du 1er septembre 2023. Les agents qui avaient déjà 15 ans de service et trois enfants à cette date ont pu bénéficier d'une clause de sauvegarde, à condition de demander leur retraite avant le 1er janvier 2024. Ce dispositif n'est donc plus accessible pour les agents qui n'ont pas satisfait à ces conditions à la date de coupure.
Départ pour carrière pénible (compte professionnel de prévention). Le compte professionnel de prévention (C2P) reste en principe limité au secteur privé. Les agents publics ne bénéficient pas de ce mécanisme tel quel, même si certains corps disposent de règles propres de pénibilité intégrées dans leur statut particulier (catégorie active ou super-active).
Partir à 62 ans et obtenir le taux plein : est-ce compatible ?
Partir à 62 ans, lorsque c'est possible, ne garantit pas automatiquement une pension à taux plein. Les deux conditions — âge et durée de cotisation — sont indépendantes et doivent être réunies simultanément pour éviter une décote.
Pour les générations nées entre 1961 et 1973, la durée de cotisation requise pour le taux plein oscille entre 167 et 172 trimestres (41 ans 9 mois à 43 ans). À 62 ans, un agent ayant commencé à travailler à 19 ans aura cotisé 43 ans, soit 172 trimestres — ce qui correspond exactement au nombre requis pour les générations concernées. La coïncidence est donc possible, mais elle suppose une carrière continue et sans interruption significative.
En revanche, un agent qui part à 62 ans dans le cadre du dispositif carrière longue remplit par définition la condition de durée de cotisation majorée, ce qui lui donne accès au taux plein. La décote ne s'applique pas dans ce cas.
Pour les agents de catégorie active qui partent avant 62 ans, la question du taux plein se pose différemment : leur durée de service requise est identique à celle des sédentaires, mais ils disposent d'une bonification d'un cinquième du temps de service actif (dans la limite de cinq annuités), ce qui peut compenser un départ précoce. La retraite à taux plein fonctionnaire repose sur la conjonction de plusieurs paramètres qu'il est utile de détailler avant toute demande de liquidation.
Pour effectuer une simulation précise, le calcul retraite fonctionnaire 2026 permet de comprendre la formule appliquée, les effets de la décote et de la surcote, et d'anticiper le montant réel de la pension.
Le cas des agents contractuels : des règles différentes
Les agents contractuels de la fonction publique ne relèvent pas des régimes spéciaux (CNRACL ou SRE) mais du régime général de la Sécurité sociale et de l'IRCANTEC (Institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l'État et des collectivités publiques). Leurs droits à la retraite suivent donc les règles du régime général, y compris pour l'âge légal fixé à 64 ans pour les générations nées à partir de 1968.
Les dispositifs de départ anticipé (carrière longue, handicap) leur sont accessibles selon les mêmes critères que les salariés du privé. En revanche, ils ne bénéficient pas des règles propres à la catégorie active, sauf s'ils ont été affiliés à la CNRACL pendant une période suffisante en qualité de titulaires — ce qui suppose une titularisation préalable.
La situation des agents ayant alterné contrats et titularisation est particulièrement complexe : les trimestres cotisés à l'IRCANTEC et ceux validés à la CNRACL ou au SRE ne se mutualisent pas de la même façon selon les dispositifs. La retraite agent contractuel fonction publique mérite une attention spécifique, car les règles divergent sensiblement de celles des titulaires. Par ailleurs, les règles applicables aux contractuels de la fonction publique en 2026 couvrent aussi les modalités de gestion RH liées à ces situations mixtes.
Calendrier de montée en charge : qui est concerné et quand ?
La réforme s'applique selon un calendrier précis, génération par génération. Le tableau ci-dessous résume les âges légaux applicables aux fonctionnaires sédentaires et actifs selon l'année de naissance :
- Nés avant le 1er septembre 1961 — sédentaires : 62 ans / actifs : 57 ans (inchangé)
- Nés entre le 1/09/1961 et le 31/12/1961 — sédentaires : 62 ans 3 mois / actifs : 57 ans 3 mois
- Nés en 1962 — sédentaires : 62 ans 6 mois / actifs : 57 ans 6 mois
- Nés en 1963 — sédentaires : 63 ans / actifs : 58 ans
- Nés en 1964 — sédentaires : 63 ans 3 mois / actifs : 58 ans 3 mois
- Nés en 1965 — sédentaires : 63 ans 6 mois / actifs : 58 ans 6 mois
- Nés en 1966 — sédentaires : 63 ans 9 mois / actifs : 58 ans 9 mois
- Nés en 1967 — sédentaires : 63 ans 9 mois / actifs : 58 ans 9 mois
- Nés à partir de 1968 — sédentaires : 64 ans / actifs : 59 ans
Ces âges sont ceux d'ouverture des droits, c'est-à-dire l'âge minimal pour liquider la pension. Ils ne présupposent pas le taux plein, qui dépend de la durée de cotisation.
Pour les agents relevant de la emploi territorial, notamment dans les collectivités locales, les services RH doivent intégrer ces paramètres dans la gestion des fins de carrière et anticiper les demandes de liquidation avec le bon calendrier réglementaire. La grille indiciaire fonction publique 2026 peut également influencer le calcul de la pension dans les dernières années d'activité, le traitement indiciaire de référence étant la base du calcul pour les titulaires.
Questions fréquentes sur le départ à la retraite à 62 ans
Un fonctionnaire né en 1963 peut-il encore partir à 62 ans ?
Non. Pour un fonctionnaire sédentaire né en 1963, l'âge légal est fixé à 63 ans depuis la réforme de 2023. Il ne peut partir à 62 ans que s'il remplit les conditions du dispositif carrière longue (avoir commencé à travailler avant 20 ans avec cinq trimestres cotisés avant cet âge et une durée totale suffisante) ou s'il a été classé en catégorie active pendant au moins 15 ans (auquel cas son âge d'ouverture des droits est de 58 ans, soit bien avant 62 ans).
La catégorie active a-t-elle été supprimée par la réforme ?
Non. La catégorie active n'a pas été supprimée. L'âge d'ouverture des droits a simplement été relevé de deux ans, suivant le même rythme que pour les sédentaires. Les agents actifs partent toujours cinq ans avant les sédentaires — simplement, cet écart se déplace vers le haut.
Le dispositif carrière longue s'applique-t-il aux fonctionnaires de la même façon qu'aux salariés du privé ?
Les conditions de fond sont identiques (âge de début de carrière, nombre de trimestres cotisés avant un certain âge, durée totale majorée). Les modalités de décompte des trimestres diffèrent cependant selon le régime d'affiliation (CNRACL, SRE, régime général), ce qui peut conduire à des résultats différents pour deux agents ayant eu des parcours similaires selon leur statut.
Peut-on cumuler emploi et retraite à 62 ans dans la fonction publique ?
Le cumul emploi-retraite est possible pour un agent qui a liquidé sa pension — à l'âge légal applicable à sa génération ou via un dispositif anticipé — et qui reprend une activité. Si la liquidation intervient avant l'âge légal de droit commun (62 ans pour les dernières générations concernées, via carrière longue ou catégorie active), le cumul est possible mais plafonné, sauf si l'agent a atteint l'âge légal et réunit la durée requise pour le taux plein, auquel cas le cumul est intégral.
Un agent à temps partiel peut-il partir à 62 ans dans le cadre de la carrière longue ?
Oui, sous réserve de réunir les conditions de trimestres cotisés. Les périodes de temps partiel sont validées trimestre par trimestre si la rémunération perçue atteint le seuil minimal requis (calculé en équivalent SMIC). Un temps partiel inférieur à 50 % sur une longue période peut cependant réduire le nombre de trimestres validés et compromettre l'accès au dispositif.
Ce que retenir avant de prendre une décision
Partir à 62 ans n'est pas une option révolue pour tous les fonctionnaires, mais elle est désormais réservée à des situations précises et bien délimitées. Les agents de catégorie active nés avant 1968 partent en réalité avant cet âge. Les agents sédentaires ayant commencé à travailler avant 20 ans peuvent atteindre l'âge de 62 ans dans le cadre de la carrière longue. Pour tous les autres — la majorité des fonctionnaires sédentaires nés après 1961 — 62 ans n'est plus qu'une étape intermédiaire dans une carrière qui s'achève légalement à 63 ou 64 ans selon la génération.
La complexité tient moins à l'âge lui-même qu'à la combinaison des paramètres : âge d'ouverture des droits, durée de cotisation, taux plein, décote, bonification de catégorie active. Anticiper sa retraite suppose de connaître ces règles plusieurs années à l'avance — idéalement dès 55 ans pour les agents proches de la limite. Que vous soyez agent en fin de carrière ou employeur public gérant des départs, retrouvez les offres et ressources adaptées sur emploi public.
Références : Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 · Décret n° 2023-435 et n° 2023-436 du 3 juin 2023 relatifs à l'âge d'ouverture du droit à pension des fonctionnaires · DGAFP, « Rapport annuel sur l'état de la fonction publique 2023 », La Documentation française · Service des retraites de l'État (SRE), guide pratique de la liquidation des pensions civiles · CNRACL, notice d'information sur le départ anticipé pour carrière longue, édition 2024.
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